‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 11 sur 441 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

à-dire les essais tracés dès le temps du Collège de Navarre, mais surtout les débuts de l'Époque de Paris, ont tant de mâle vigueur que, s'il ne nous était parvenu autre chose des Sermons, Bossuet mériterait encore d'être placé au premier rang ; seulement il ne s'élèverait pas si haut au-dessus de ses rivaux les plus illustres, dans les régions solitaires du sublime.

Dans les œuvres de sa jeunesse, comme dans les âges suivants, nous le verrons allier deux choses, qui se tempèrent toujours chez lui l'une par l'autre : la prédilection instinctive de son âme pour les grandes vérités, pour les principes : « Les hommes, dira-t-il un jour, ne reviennent que par là x ; » et une consciencieuse préoccupation d'approprier son enseignement non seulement aux besoins, mais aux aptitudes de son auditoire.

Il n'échappe à personne que le génie naïf et profond de Bossuet avait une admirable affinité avec les vérités chrétiennes. Par la singulière clairvoyance de son esprit, par l'élévation de ses vues et de ses sentiments, il était attiré vers la méditation et l'exposition du dogme. D. Nisard, dans son Histoire de la Littérature française, a bien su reconnaître là une des raisons qui devaient tirer du troisième rang Bossuet prédicateur. C'est là qu'on avait imaginé de le reléguer. Il l'a remis en tête de la liste de nos orateurs sacrés, en renvoyant Massillon, comme il est juste, après le solide Bourdaloue. « Dans les sermons de Bossuet, remarque-t-il 2, la doctrine tient plus de place que la morale. Cette seule proportion est déjà du génie. » Il ne s'agit pas, qu'on le remarque bien, de disserter en chaire, au lieu d'exhorter et de reprendre. Mais, pour Bossuet, « les vérités de la foi et la doctrine des mœurs sont choses tellement connexes, et si saintement alliées, qu'il n'y a pas moyen de les séparer3. » « On veut de la morale dans les sermons, s'écriera-t-il devant l'assemblée du clergé, et on a raison, pourvu qu'on entende que la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme 4. » Chose admirable ! déjà les ébauches de Navarre, qui ouvrent la série des sermons distribués

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