Hebr., il, 14. 4. Var. : une chair humaine
corps sujette, comme la nôtre, à toutes les [p. 17] incommodités de la vie et à la nécessité1 de la mort. C'est pourquoi l'Apôtre se glorifie de la grande bénignité de notre Pontife : « Ah ! nous n'avons pas un Pontife, ditil2, qui soit insensible à nos maux : Non habenms [Pontificem, qui non possit compati infirmitatibus nostris] »: pour quelle raison? Parce qu'il a passé par toute sorte d'épreuve : Tentation per omnia.
Vous le savez, Chrétiens : parmi toutes les personnes dont nous plaignons les disgrâces, il n'y en a point pour lesquelles nous soyons émus d'une compassion plus tendre, que celles que nous voyons dans les mêmes afflictions 3 dont quelque fâcheuse rencontre nous a fait éprouver la rigueur. Vous perdez un bon ami; j'en ai perdu un autrefois : dans cette rencontre d'afflictions, ma douleur et ma compassion s'en échauffera davantage ; je sais par expérience combien il est sensible de perdre un ami. Ici, je vous annonce une douce consolation, ô pauvres, nécessiteux, malades, oppressés, enfin généralement misérables, quels que vous soyez : Jésus, mon Pontife, n'a épargné à son corps ni les sueurs, ni les fatigues, ni la faim, ni la soif, ni les infirmités, ni la mort : il n'a épargné à son esprit ni les tristesses, ni les injures, ni les ennuis, ni les appréhensions. O Dieu ! qu'il aura d'inclination de nous assister, nous qu'il voit du plus haut des cieux battus de ces mêmes orages dont il a été autrefois attaqué : tentation per omnia ! Il a tout pris jusques aux moindres choses, « tout jusques aux plus grandes infirmités, [p. 18] si vous en exceptez le péché: absque peccato4, »; encore connaît-il bien par sa propre expérience combien est grand le poids du péché ; « il a daigné porter les nôtres à la croix sur ses épaules innocentes : Peccata nostra ipse pertulit in
1. Le jeune orateur veut dire sim- un temps de son divin corps. Il ne
plernent : à la mortalité. Prise à la veut pas que la nécessité naturelle
lettre, l'expression nécessité dépas- ait aucune part dans sa mort, parce
serait sa pensée ; et il lui arriverait qu'il en réserve toute la gloire à la
bientôt, contrairement à son habi- charité infinie qu'il a pour les hom-
tude, de se démentir. Il écrira eu mes. » (1 point.)
effet dans le sermon de l'Exaltation 2. Hebr., iv. 15.
de la sainte Croix (1653) : «Lui 3. Var. : affligées des mêmes In-
qui commande ainsi qu'il lui plaît à fortunes.
la santé et aux maladies, il com- 4. Hebr., iv, 15. mandera à la vie de se retirer pour
corpore suo super lignum1. » On dirait « qu'il s'est voulu rendre en quelque sorte semblable2 aux pécheurs: In similitudinem carnis peccati », dit saint Paul 3, afin de déplorer leur misère avec une plus grande tendresse. De là ces larmes amères, de là ces plaintes charitables que nous avons vues aujourd'hui dans notre évangile.
Et je remarque, ô Fidèles, que cette compassion ne l'a pas seulement accompagné durant le cours de sa vie: car si l'Apôtre l'a, comme* vous voyez, attachée à sa qualité de pontife, selon sa doctrine tout pontife doit compatir. Or le Sauveur n'a pas seulement été mon pontife, lorsqu'il s'est immolé pour mes péchés sur la croix ; mais à présent il est entré au sanctuaire par la vertu de son sang, afin de paraître pour nous devant la face de Dieu 4, et y exercer un sacerdoce éternel seLon l'ordre de Melchisédech. Il est donc pontife et sacrificateur à jamais ; c'est la doctrine du même apôtre : ce qui a donné la hardiesse à l'admirable Origène de dire ces affectueuses paroles 5 : « Mon Seigneur Jésus pleure encore mes péchés ; il gémit et soupire pour nous : Dominus meus Jésus luget etiam nunc peccata mea ; gémit suspiratque pro nobis. » Il veut dire que, pour être heureux, il n'en a pas dépouillé les sentiments d'humanité: il a encore pitié de nous ; il n'a pas oublié ses longs travaux ni toutes les autres épreuves de son laborieux pèlerinage ; il a compassion [p. 19] de nous voir passer une vie dont il a éprouvé les misères, qu'il sait être assiégée de tant de diverses calamités. Ce sentiment le touche dans la félicité de sa gloire, encore qu'il ne le trouble pas ; il agit en son cœur, bien qu'il n'agite6 pas son cœur : si nous avions besoin de larmes, il en donnerait.
Pour moi, je vous l'avoue, Chrétiens, c'est là mon unique espérance ; c'est là toute ma joie et le seul appui de mon repos : autrement, dans quels désespoirs ne