I Cor., vu
corps très pur d'une manière ineffable, y a formé celui qui de vait être la consolation d'Israël et l'attente des nations? C'est pourquoi l'admirable saint Grégoire dépeint en ces termes la conception du Sauveur : Lorsque le doijrt de Dieu composait la chair de son Fils du sang le plus pur de Marie, « la concupiscence, dit-il, n'osant approcher, regardait de loin avec étonnement un spectacle si nouveau, et la nature s'arrêta toute surprise de voir son Seigneur et son Maître dont la seule vertu agissait sur cette chair virginale : Stetit natura contra, et concupiscentia longe, Dominum naturse intuentes in corpore mirabiliter operantem 1. » Et n'est-ce pas ce que la Vierge elle-même chante avec une telle allégresse dans ces paroles de son cantique : « Fecit mihi magna qui potens est2: Le Tout-Puissant m'a fait de grandes choses? » Et que vous a-il fait, ô Marie? Certes elle ne peut nous le dire; seulement elle s'écrie, toute transportée, qu'il lui a fait de grandes choses : Fecit mihi magna qui potens est. C'est qu'elle se sentait enceinte du Saint-Esprit : elle voyait qu'elle avait un Fils qui était d'une race divine; elle ne savait comment faire ni pour célébrer la munificence divine, ni pour témoigner assez son ravissement d'avoir conçu un Fils qui n'eût point d'autre père que Dieu. Que si elle ne peut elle-même nous exprimer ses transports, qui suis-je, Chrétiens, pour vous décrire ici la tendresse extrême et l'impétuosité de son amour maternel, qui était enflammé par des considérations si pressantes ? Que les autres mères mettent si haut qu'il leur plaira cette inclination si naturelle qu'elles ressentent pour leurs enfants; je crois que tout ce qu'elles en disent est très véritable, et nous en voyons des effets qui passent de bien loin tout ce que l'on pourrait s'en imaginer. Mais je soutiens, et je vous prie de considérer cette vérité, que l'affection d'une bonne mère n'a pas tant d'avantage par-dessus les amitiés ordinaires, que l'amour de Marie surpasse celui de toutes les autres mères. Pour quelle raison? C'est parce qu'étant mère d'une façon toute miraculeuse et avec des circonstances tout à fait extraordinaires, son amour doit être d'un rang tout particulier. Et comme l'on dit, et je pense qu'il est véritable, qu'il faudrait avoir le cœur d'une mère pour bien concevoir quelle est l'affection d'une mère; je dis tout de même qu'il faudrait avoir le cœur de la sainte Vierge pour bien concevoir l'amour de la sainte Vierge.]
Arrêtons-nous3 donc ici, Chrétiens : aussi bien serail à propos que nous allions passer quelque temps près du berceau de notre princesse. Dites-moi en vérité, s'il vous plaît, après les choses que vous avez ouïe[s], quelle opinion avez-vous de cet aimable enfant que vous y voyez
1. Serm. il in Annunt. B. V. M., pratiqué dans ce qui suit des couinter Oper. s. Greg. Thaum. pures et des corrections, que nous