‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 147 sur 441 · Luc · texte numérisé non relu

Luc

tant sa pureté lui est précieuse ! Quand donc elle vit le miracle de son enfantement, ô mon Sauveur! quelles étaient ses joies, et quelles ses affections! Ce fut alors qu'elle s'estima véritablement bénite entre toutes les femmes, parce qu'elle seule avait évité toutes les malédictions de son sexe : elle avait évité la malédiction des stériles par sa fécondité bienheureuse ; elle avait évité la malédiction des mères, parce qu'elle avait enfanté sans douleur, comme elle avait conçu sans corruption. Avec quel ravissement embrassait-elle son Fils, le plus aimable des fils, et en cela plus aimable, qu'elle le reconnaissait pour son Fils, sans que son intégrité en fût offensée !

Les saints Pères ont assuré 1 qu'un cœur virginal est la matière la plus propre à être embrasée de l'amour de notre Sauveur : cela est certain, Chrétiens, et ils l'ont tiré de saint Paul 2. Quel devait donc être l'amour de la sainte Vierge? Elle savait bien que c'était particulièrement à cause de sa pureté que Dieu l'avait destinée à son Fils unique; cela même, n'en doutez pas, cela même lui faisait aimer sa virginité beaucoup davantage; et, d'autre part, l'amour qu'elle avait pour sa sainte virginité lui faisait trouver mille douceurs dans les embrassements de son Fils, qui la lui avait si soigneusement conservée. Elle considérait Jésus-Christ comme une fleur que son intégrité avait poussée; et, dans ce sentiment, elle lui donnait des baisers plus que d'une mère, parce que c'étaient des baisers d'une mère vierge. Voulez-vous quelque chose de plus pour comprendre l'excès de son saint amour? Voici une dernière considération que je vous propose, tirée des mêmes principes.

L'antiquité nous rapporte 3 qu'une reine des Amazones souhaita passionnément d'avoir un fils de la race d'Alexandre : mais laissons ces histoires profanes, et cherchons plutôt des exemples dans l'histoire sainte. Nous disions tout à l'heure que le patriarche Jacob préférait Joseph à tous ses autres enfants; outre la raison que nous en avons apportée, il y en a encore une autre qui le touchait fort : c'est qu'il l'avait eu de Rachel, qui était sa bien-aimée; cela le touchait au vif. Et saint Jean Chrysostome nous rapportant, dans le premier livre du Sacerdoce, les paroles caressantes et affectueuses dont sa mère l'entretenait, remarque ce discours entre beaucoup d'autres : Je ne pouvais, disait-elle, ô mon fils, me lasser de vous regarder, parce qti'il me semblait voir sur votre visage une image vivante de feu mon mari*. Que veux-je dire par tous ces exemples? Je prétends faire voir qu'une des choses qui augmente autant l'affection envers les enfants, c'est quand on considère la personne dont on les a eus; et cela est bien naturel. Demandez maintenant à Marie de qui elle a eu ce cher Fils : vient-il d'une race mortelle? a-il pas fallu qu'elle fût couverte de la vertu du Très-Haut? est-ce pas le Saint-Esprit qui l'a remplie d'un germe céleste parmi les délices de ses chastes embrassements, et qui, se coulant sur son

1. S. Bernard., Serm. xxix in 3. Quint. Curt., lib. VI. cap. v. Cantic., n. 8. t. De Sacerd., lib. i. n. i>.

Page 1