‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 150 sur 441 · Var. : rendre ses Dremières lou · texte numérisé non relu

Var. : rendre ses Dremières lou

suo1. Il tenait si fort à son âme, qu'aucune force ni violence n'était capable de l'en distraire, car il eût fallu lui tirer de ses veines jusqu'à la dernière goutte de ce sang maternel, qui ne cessait de lui parler de son Fils. Comme on voit que les mères2 prennent une part tout extraordinaire à toutes les actions de leurs fils : quelles admirations de sa vie ! quels charmes dans ses paroles, quelle douleur de sa Passion ! quel sentiment de sa charité ! quel contentement de sa gloire ! et après qu'il fut retourné à son Père, quelle impatience de le rejoindre !

Le docte saint Thomas (dans la question xn de sa première partie), traitant de l'inégalité qui est entre les bienheureux, dit que ceux-là jouiront plus abondamment de la présence divine, qui l'auront en ce monde le plus ardemment désirée, parce que, comme dit ce grand homme, la douceur de la jouissance va à proportion des désirs. Comme une flèche qui part d'un arc bandé avec plus de violence, prenant son vol au milieu des airs avec une plus grande roideur, entre aussi plus profondément au but où elle est adressée ; de même l'âme fidèle pénétrera plus avant dans l'abîme de l'essence divine, le seul terme de ses espérances, quand elle s'y sera élancée par une plus grande impétuosité de désirs. Que si le grand apôtre saint Paul, frappé au vif en son âme de l'amour de Notre-Seigneur, brûle d'une telle impatience de l'aller embrasser en sa gloire, qu'il voudrait voir bientôt ruinée cette vieille masure du corps qui le sépare de Jésus-Christ : Dcsiderium hubens dissolvi et esse cum Christo3, jugez des inquiétudes et des douces émotions que peut ressentir le cœur d'une mère. Le jeune Tobie, par une absence d'un an, perce celui de sa mère d'inconsolables douleurs 4 : quelle différence entre mon Sauveur et Tobie !

S'il est donc vrai, saint Enfant qui nous fournissez aujourd'hui un sujet de méditation si pieux, s'il est vrai que votre grandeur doive croître selon la mesure de vos

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