Var. : Que si tout ce que fait, quelquefois abusées
— presque tout ce que fait un fils, 3. Phil., I, 23. — Ms. : Cupio di*~
— un bon fils, — que si pour For- solvi...
dinaire ce que fait un bon fils plaît 4. Tob., v, 23 et seqq.
à sa mère, — plaît ordinairement à
désirs, quelle place assez auguste vous pourra-on trouver dans le ciel ? Ne faudra-il pas que vous passiez toutes les hiérarchies angéliques pour courir à notre Sauveur? C'est là qu'ayant laissé bien loin au-dessous de vous tous les ordres des prédestinés, tout éclatante 1 de gloire, et attirant sur vous les regards de toute la cour céleste, vous irez prendre place près du trône de votre cher Fils, pour jouir à jamais de ses plus secrètes faveurs. C'est là qu'étant charmée d'une ravissante douceur dans ses embrassements si ardemment désirés, vous parlerez à son cœur avec une efficacité merveilleuse. Hé ! quel autre que vous aura plus de pouvoir sur ce cœur, puisque vous y trouverez une si fidèle correspondance : je veux dire l'amour filial qui sera d'intelligence avec l'amour maternel, qui s'avance pour le recevoir, et qui préviendra ses désirs !
[Second Point.]
Nous voilà tombés insensiblement sur l'amour dont le Fils de Dieu honore la sainte Vierge. Fidèles, que vous en dirai-je? Si je me suis trouvé empêché à dépeindre l'affection de la Mère selon son mérite, je le serai encore davantage à ' vous représenter celle du Fils ; parce que je suis assuré qu'autant que Xotre-Seigneur surpasse la sainte Vierge en toute autre chose, d'autant est-il meilleur fils qu'elle n'était bonne mère. Mais en demeurerons-nous là, Chrétiens? Cherchons, cherchons encore quelque puissante considération dans la doctrine des Évangiles : c'est la seule qui touche les cœurs ; une seule parole de l'Évangile a plus de pouvoir sur nos âmes que toute la véhémence et toutes les inventions de l'éloquence profane. Disons donc, avec l'aide de Dieu, quelque chose de l'Évangile ; et qu'y pouvons-nous voir de phis beau, que ces admirables transports avec lesquels le Seigneur Jésus a aimé la nature humaine ? Permettezmoi en ce lieu une briève digression : elle ne déplair-
1. Ms. : tonte éclatante. — Bos- maireetle vocabulaire, au tome VII).
snet écrira de même plus loin au 2. Edit. : si je n'ai pu dépeindre
pluriel masculin : tous éclatants et l'affection de la Mère selon son mé-
tous purs — pour: tout éclatants, rite, je pourrai encore moins... etc. (Voy. Remarques sur la gram-
pas à Marie, et ne sera pas inutile à votre instruction ni à mon sujet.
Certes, ce nous doit être une grande joie de voir que notre Sauveur n'a rien du tout dédaigné de ce qui était de l'homme. Il a tout pris, excepté le péché ; je dis tout jusques aux moindres choses, tout jusques aux plus grandes infirmités. Je ne le puis pardonner à ces hérétiques qui, ayant osé nier la vérité de sa chair, ont nié par conséquent que ses souffrances et ses passions fussent véritables. Ils se privaient eux-mêmes d'une douce consolation : au lieu que, reconnaissant que toutes ces choses sont effectives, quelque affliction qui me puisse arriver, je serai toujours honoré de la compagnie de mon Maître. Si je souffre quelque nécessité, je me souviens de sa faim et de sa soif, et de son extrême indigence ; si l'on fait tort à ma renommée, il a été soûlé d'opprobres, comme il le dit lui-même x ', si je me sens abattu par quelques infirmités, il en a souffert jusques à la mort ; si je suis accablé d'ennuis, que je m'en aille au jardin des Olives ; je le verrai dans la crainte, dans la tristesse, dans une telle consternation, qu'il sue sang et eau dans la seule appréhension de son supplice. Je n'ai jamais ouï dire que cet accident fût arrivé à d'autres personnes qu'à lui ; ce qui me fait dire que jamais homme n'a eu les passions ni si tendres, ni si délicates, ni si forte[s] que mon Sauveur, bien qu'elles aient toujours été extrêmement modérées, parce qu'elles étaient parfaitement soumises à la volonté de son Père.
Mais de là, me direz-vous, que s'ensuit-il à notre propos2? C'est ce qu'il m'est aisé de vous faire voir. Quoi donc ! notre Maître se sera si franchement revêtu de ces sentiments de faiblesse qui semblaient en quelque façon être indignes de sa personne, ces langueurs extrêmes, ces vives appréhensions ; il les aura pris si purs, si entiers, si sincères : et que sera-ce après cela de l'affection
1. C'est Jérémie, Thren., III, 30, un peu au hasard, n'a pris le temps
qui avait dit du Sauveur : Satura- ni d'être exact, ni de polir ses ex-
bitur opprobriis. Deforis corrige, pressions.
adoucissant les expressions trop 2. Edit. : pour le sujet que nous
rudes : «Il a été rassasié d'oppro- traitons. — Ils traduisent ainsi
bres, comme il est dit de lui. » Bos- l'original, tuet, dont la plume court cette fois
envers les parents, étant très certain que dans la nature même il n'y a rien de plus naturel, de plus équitable, de plus nécessaire, particulièrement à l'égard d'une mère telle qu'était l'heureuse Marie? Car, enfin, elle était la seule en ce monde à qui il eût obligation de la vie ; et j'ose dire de plus qu'en recevant d'elle la vie, il lui est redevable et d'une partie de sa gloire, et même en quelque façon de la pureté de sa chair : de sorte que cet avantage, qui ne peut convenir à aucune mère qu'à celle dont nous parlons, l'obligeait d'autant plus à redoubler ses affections.
Et n'appréhendez pas, Chrétiens, que je veuille déroger à la grandeur de mon Maître par cette proposition, qui n'en est pas moins véritable, bien qu'elle paraisse peut-être un peu extraordinaire, du moins- au premier abord : mais je prétends l'établir sur une doctrine si indubitable de l'admirable saint Augustin, que les esprits les plus contentieux seront contraints d'en demeurer d'accord. Ce grand homme, considérant que la concupiscence se mêle dans toutes les générations ordinaires, ce qui n'est que trop véritable pour notre malheur1, en tire cette conséquence: que cette maudite concupiscence, qui corrompt tout ce qu'elle touche, infecte tellement la matière qui se ramasse pour former nos corps, que la chair qui en est composée en contracte aussi une corruption nécessaire. C'est pourquoi, dans la résurrection, où nos corps seront tout nouveaux, c'escà-dire tout éclatants et tout purs, ils renaîtront, non de la volonté de l'homme ni de la volonté de la chair, mais du souffle de l'Esprit de Dieu, qui prendra plaisir de les animer quand ils auront laissé à la terre les ordures de leur première génération. Or, comme ce n'est pas ici le lieu d'écîaircir cette vérité, je me contenterai de vous dire, comme pour une preuve infaillible, que c'est la doctrine de saint Augustin, que vous trouverez merveilleusement expliquée en mille beaux endroits de ses excellents écrits, particulièrement dans ses savants livres contre Julien le Pélagien.
1. Bossuet avait d'abord écrit:» à notre malheur ». Sermon tle B i--uet. 10
Cela étant ainsi, remarquez exactement, s'il vous plaît, ce que j 'infère de cette doctrine. Je dis que si ce commerce ordinaire, parce qu'il a quelque chose d'impur, fait passer en nos corps un mélange d'impureté, nous pouvons assurer, au contraire, que le fruit d'une chair virginale tirera d'une racine si pure une pureté merveilleuse. Cette conséquence est certaine. Le Philosophe 1 a dit que c'est la même loi des contraires ; et sans me mettre en peine du Philosophe, c'est une doctrine constante que le saint évêque Augustin a prise dans les Écritures2 : et d'autant que le corps du Sauveur, je vous prie, suivez sa pensée, d'autant, dis-je, que le corps du Sauveur devait être plus pur que les rayons du soleil, de là vient, dit ce grand personnage, « qu'il s'est choisi dès l'éternité une mère vierge, afin qu'elle l'engendrât sans aucune concupiscence par la seule vertu de la foi : Ideo virginem matrem, pia fide sanctum germai in se fieri promerentem, de qua crearetur elegit. »
[Car3 il était bienséant que la sainte chair du Sauveur fût, pour ainsi dire, embellie de toute la pureté d'un sang virginal, afin qu'elle fût digne d'être unie au Verbe divin, et d'être présentée au Père éternel comme une victime vivante pour l'expiation de nos fautes : tellement que la pureté qui est dans la chair de Jésus, est dérivée en partie de cette pureté angélique que le Saint-Esprit coula dans le corps de la Vierge, lorsque, charmé de son intégrité inviolable, il la sanctifia par sa présence et la consacra comme un temple vivant au Fils du Dieu vivant.
Faites maintenant avec moi cette réflexion, Chrétiens. Mon Sauveur, c'est ramant et le chaste époux des vierges : il se glo rifle d'être appelé le Fils d'une Vierge ; il veut absolument qu'on lui amène les vierges, il les a toujours en sa compagn'o, elles suivent cet Agneau sans tache partout où il va. Que s'il aime si passionnément les vierges, dont il a purifié la chair par son sang, quelle sera sa tendresse pour cette Vierge incomparable qu'il a élue dès l'éternité, pour en tirer la pureté de sa chair et de son sang?]
Après ces grands avantages qui sont préparés à Marie, ô Dieu, quel sera un jour cet enfant? Quis, putas, puer
1. Ce curieux passage, où Aristote t:iinc de lignes, au sermon de la Déest allégué d'une manière toute votion à la Vierge, ainsi indiqué au Bcolastique, mais pour être mis ms. : «elegit. Etlfcrestep. 19 +, jnsaussitôt hors de cause, a été retran- que* à la marque + dans la même ché dans les précédentes éditions. page. Après, dire ce qui s'ensuit,
2. De Pi ce. incrit.. lib. ir. n. 38. page suivante celle-ci. » (Après ces
3. Nouveî emprunt, d'une vîng grands avantages...) Cf. p. 83 et $4.
iste erit? Heureuse mille et mille fois d'aimer si fort le !*auveur, d'être si fort aimée du Sauveur ! Aimer le Fils de Dieu, c'est une grâce que les hommes ne reçoivent que de lui-même ; et parce que Marie est sa mère, et qu'une mère aime naturellement ses enfants, ce qui est grâce pour tous les autres lui est comme passé en nature. D'autre part, être aimé du Fils de Dieu est une pure libéralité dont il daigne honorer les hommes ; et parce qu'il est Fils de Marie, et qu'il n'y a point de fils qui ne soit obligé de chérir sa mère, ce qui est libéralité pour les autres, à l'égard de la mainte Vierge devient une obligation. S'il l'aime de cette sorte, il faudra par nécessité qu'il lui donne. Il ne lui pourra donner autre chose que ses propres biens. Les biens du Fils de Dieu, ce sont les vertus et les grâces. C'est son sang innocent qui les fait inonder sur les hommes. Et à quel autre pensez-vous qu'il donnerait plus de part à son sang, qu'à celle dont il a tiré tout son sang? Pour moi, il me semble que ce sang précieux prenait plaisir de ruisseler pour elle à gros bouillons sur la croix, sentant bien qu'en elle était la source de laquelle il était premièrement découlé. Davantage l, ne savons-nous pas que le Père éternel ne peut s'empêcher d'aimer tout ce qui touche de près à son Fils? N'est-ce pas en sa personne que le ciel et la terre s'embrassent et se réconcilient ? N'est-il pas le nœud éternel des affections de Dieu et des hommes? N'est-ce pas là toute notre gloire, et le seul fondement de nos espérances? Comment n'aimerail donc pas la très heureuse Marie, qui vivra avec son Fils dans une société si parfaite? Tout cela semble étabei sur des maximes inébranlables. Mais d'autant que quelques-uns pourrrient se persuader que cette sainte société n'a point d'autres liens que ceux de la chair et du sang, mettons la dernière main à l'ouvrage que nous avons commencé: faisons voir en ce lieu, comme nous l'avons promis, avec quels avantages la sainte \ ierge est entrée dans l'alliance du Père éternel par sa maternité glorieuse.
1. Edit. : Bien pins. — Nouvelle Bonnet écrit : D'avantage. traduction en français moderne.
[Troisième Point.]
C'est ici le point le plus haut et le plus difficile de tout le discours d'aujourd'hui, pour lequel toutefois il ne sera pas besoin de beaucoup de paroles, parce que nos raisonnements précédents en facilitent l'entrée, et que ce ne sera que comme une suite de nos premières considérations. Or, pour vous expliquer ma pensée, j'ai à vous proposer une doctrine sur laquelle il est nécessaire d'aller avec retenue, de peur de tomber dans l'erreur ; et plût à Dieu que je pusse la déduire aussi nettement comme 1 elle me semble solide ! Voici donc de quelle façon je raisonne. Cet amour de la Vierge, dont je vous parlais tout à l'heure, ne s'arrêtait pas à la seule humanité de son Fils. Non, certes, il allait plus avant ; et par l'humanité, comme par un moyen d'union, il passait à la nature divine, qui en est inséparable. C'est une haute théologie qu'il nous faut tâcher d'éclaircir par quelque chose plus intelligible. N'est-il pas vrai qu'une bonne mère aime tout ce qui touche la personne de son fils? J'ai déjà dit cela bien des fois, et je ne le recommence pas sans raison.
[Je sais bien 2 qu'elle va quelquefois plus avant, qu'elle porte son amitié jusqu'à ses amis, et généralement à toutes les choses qui lui appartiennent; mais particulièrement pour ce qui regarde la propre personne de son fils, vous savez 3 qu'elle y est sensible au dernier point. Je vous demande maintenant : qu'était la Divinité au Fils de Marie? comment touchait-elle à sa personne? lui était-elle étrangère? Je ne veux point ici vous faire de questions extraordinaires; j'interpelle seulement votre foi : qu'elle me réponde. Vous dites tous les jours, en récitant le symbole, que vous croyez en Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui est né de la Vierge Marie. Celui que vous reconnaissez pour le Fils de Dieu tout-puissant, et celui qui est né de la Vierge, sont-ce deux personnes? Sans doute, ce n'est pas ainsi que vous l'entendez. C'est le même qui, étant Dieu et homme, selon la nature divine est le Fils de Dieu, et selon l'humanité le Fils de Marie. C'est pourquoi nos saints Pères ont enseigné que la Vierge est mère de Dieu. C'est cette foi, Chrétiens, qui a triomphé des blasphèmes de Nestorius, et qui, jusqu'à la consommation des siècles, fera trembler les démons. Si je dis après cela que la bien-