‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 173 sur 441 · Marc, X, 26. 2. Ibid · texte numérisé non relu

Marc, X, 26. 2. Ibid

prodigieuse et invincible difficulté. C'est alors, en effet, quand toutes les raisons humaines défaillent, qu'il semble absolument nécessaire d'alléguer, pour dernière raison, la toute-puissance divine. C'est ce que l'Ange pratique à l'égard de la sainte Vierge, lorsque, lui voulant faire entendre qu'elle pourrait enfanter et demeurer vierge, il lui apporte l'exemple d'une stérile qui a conçu ; parce qu'enfin, poursuit-il, devant Dieu rien n'est impossible. Faites comparaison de ces choses. Une vierge peut concevoir, une stérile peut enfanter, un riche peut être sauvé : ce sont trois miracles dont les saintes Lettres ne nous rendent point d'autre raison, sinon que Dieu est tout-puissant. Donc, il est vrai, ô riche du siècle, que ton salut n'est point un ouvrage médiocre; donc il serait impossible, si Dieu n'était pas tout-puissant ; donc cette difficulté passe de bien loin nos pensées, puisqu'il faut, pour la surmonter, une puissance infinie.

Et ne me dites pas que cette parole ne vous touche point, parce que peut-être vous n'êtes pas riches. Si vous n'êtes pas riches, vous avez envie de le devenir ; et ces malédictions des richessej doivent tomber non tant sur les riches que sur ceux qui désirent de l'être. C'est de ceux-là que l'Apôtre prononce 1, qu'ils s'engagent dans le piège du diable, et dans beaucoup de mauvais désirs, qui précipitent l'homme dans la perdition. Le Fils de Dieu, dans le texte que je vous citais tout à l'heure, ne parle pas seulement des riches, mais de ceux « qui se fient aux richesses : confidentes in pecuniis. » Or, le désir et l'espérance étant inséparables, il est impossible de les désirer sans y mettre son espérance.

Vous raconterai-je ici tous les maux que ce maudit désir des richesses a apportés au genre humain? Les fraudes, les voleries, les usures, les injustices, les oppressions, les inimitiés, les parjures, les perfidies, c'est le désir des richesses qui les a ordinairement amenés sur la terre. Aussi l'Apôtre a-t-il raison de dire, que « le désir des richesses est la racine de tous les maux : Radix omnium malorum est cupiditas 2. » Pourquoi l'avaricieux, mettant sa joie et son espérance dans quelque

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