‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 174 sur 441 · I Tim., ti, 9. 2. Ibid · texte numérisé non relu

I Tim., ti, 9. 2. Ibid

mauvaise année et dans la disette publique, prépare et agrandit ses greniers afin d'y engloutir toute la subsistance du pauvre, qu'il lui fera acheter au prix de son sang, lorsqu'il sera réduit aux abois? Pourquoi le marchand trompeur prononce-t-il plus de mensonges, plus de faux serments qu'il ne débite de marchandises? Pourquoi le laboureur impatient maudit-il si souvent son travail et la Providence divine? Pourquoi le soldat impitoyable exerce-t-il une rapine si cruelle? Pourquoi le juge corrompu vend et livre-t-il son âme à Satan? N'est-ce pas le désir des richesses?

Mais surtout que ceux qui les possèdent veillent soigneusement à leur âme : elles ont des liens invisibles, dont nos cœurs ne se peuvent déprendre. Là où st notre trésor, là est notre cœur : or un cœur qui aime autre chose que Dieu ne peut être capable d'aimer Dieu. « Oh ! si nous aimions Dieu comme il faut, dit l'admirable saint Augustin, nous n'aimerions point du tout l'argent : O si Deum digne amemus, nummos omnino non amabimus1. » Partant si nous aimons l'argent, il sera impossible que nous aimions Dieu.

Tirez maintenant cette conséquence : les hommes qui ont beaucoup de richesses, il est presque impossible qu'ils ne les aiment; quand ils le voudraient nier, cela paraît trop évidemment par la crainte qu'ils ont de les perdre. Qui aime si fort les richesses, il est impossible qu'il aime Dieu ; qui n'aime pas Dieu, il est impossible qu'il soit sauvé. « 0 Dieu, qu'il est difficile que eux qui ont de grands biens parviennent au royaume du ciel! Quam .'ifficile qui pecunias habent, regnum Dei intrabunt 2 ! »

Si les richesses sont donc si dangereuses, avisez, mes Frères, à ce que vous en devez faire. Dieu ne vous les a pas données pour les enfermer dans des coffres, ni pour les employer à tant de dépenses superflues, pour ne pas dire pernicieuses. Elles vous sont données pour sustenter Jésus-Christ, qui languit en la personne des pauvres ; elles vous sont données pour racheter vos iniquités, et pour amasser des trésors éternels. Jetez, jetez

1. In Joan., tract. XL. n. 10. ... qui pecunias possèdent, possuntper-

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