‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 178 sur 441 · Rom., m, 12. — Ps. XIII, 3. 2. In Ps. xxrr, n · texte numérisé non relu

Rom., m, 12. — Ps. XIII, 3. 2. In Ps. xxrr, n

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bons seront mêlés avec les méchants, [p. 4] O Dieu éternel ! quel mélange de ces deux peuples divers, je veux dire des saints et des impies ! L'un est prédestiné à la vie éternelle, et l'autre réprouvé à jamais. Leurs princes sont ennemis. Le prince de Jérusalem, c'est Jésus ; le diable est le prince de Babylone. Ils vivent sous des lois directement opposées. L'Apôtre, comme vous savez, distingue deux sortes de lois : l'une est la loi de l'esprit, elle gouverne Jérusalem ; l'autre est la loi de la chair, qui domine dans Babylone. Leurs mœurs sont toutes contraires. L'une se propose pour dernière fin une paix trompeuse, à cause qu'elle est passagère ; l'autre, parmi beaucoup d'afflictions présentes, gémit et soupire sans cesse après une paix assurée, à cause qu'elle est éternelle. Qu'est-ce à dire ceci, mes très chères Sœurs? Ces deux peuples de bons et de méchants, dont les lois sont si fort opposées, les mœurs si contraires, les desseins si incompatibles, vivent néanmoins ensemble dans une même société ; ils sont éclairés d'un même soleil ; ils respirent un même air ; la terre, leur mère commune, leur fournit à tous indifféremment une nourriture semblable. Bien plus, nous les voyons tous les jours se présenter aux mêmes autels ; ils sont associés dans la communion de l'Église, ils participent aux mêmes mystères ; ils sont régénérés et repus de la vertu des mêmes sacrements. Oserions-nous bien, ô Seigneur, vous demander raison d'un mélange si surprenant ? Quelle convention, je vous prie, entre Christ et Belial1? Pourquoi voulez- vous que les corps soient si proches et les cœurs tellement séparés? Que vous ont fait vos enfants, de les punir si cruellement, les contraignant de vivre avec vos ennemis et les leurs? Quel nouveau genre de supplice, de joindre ainsi le vif et le mort ? Vous, Seigneur, qui avez si bien rangé chaque chose en sa place, qui avez séparé la terre et le firmament, les ténèbres et Ja lumière, ne séparerez-vou? pas les justes d'avec les impies? Certes, le ciel et. la terre ne sont pas si fort éloignés, les ténèbres et la lumière ne sont pas si con-

1 II Ocr. vi, 15. — Les éditeurs lîos'juet, selon sa coutume,, traduit, corrigent : « entre Jésus-Christ. » — par respect, littéralement l'Ecriture : Mais ce n'était pas ici un oubli : Quce conventio Christi ad Belial f

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traires, que sont la vertu et le vice : pourquoi donc les laissez-vous ensemble? N'avez- vous débrouillé la confusion du premier chaos, qu'afîn de nous rejeter dans un chaos plus horrible? Éclairez-nous, Seigneur, sur cette difficulté, non point par les raisons de la philosophie humaine, mais par la considération de vos secrets jugements et de votre providence irrépréhensible.

L'admirable saint Augustin nous donne sur ce sujet une très belle doctrine. « Les méchants, dit ce grand personnage 1, ne sont dans le monde, [que pour s'y convertir, ou que pour y exercer les bons], nisi ut convertantur, vel ut per eos boni exerceantur. » [p. 5]. Entendez cette doctrine. O peuple choisi, ô enfants de paix, ô citoyens de la Jérusalem bien-aimée, si Dieu votre père eût voulu que vous vécussiez en paix en ce monde, il ne vous aurait pas exposés en proie au milieu de vos ennemis ; mais, voulant exercer et épurer votre vertu par l'épreuve de la patience, il vous a mis parmi uns nation2 ennemie, afin que vous souffrissiez en ce siècle leur persécution et leur violence. C'est pourquoi, dans la maison de notre père Abraham, selon que le remarque l'Apôtre (chapitre IV, aux Galates), Ismaël, l'enfant de la chair et de la servante, persécutait Isaac, le fils de la promesse et de sa maîtresse. Ne voyez-vous pas que, dans le ventre de Rébecca, femme du patriarche Isaac, ces deux gémeaux qu'elle porte, Ésaiï et Jacob, l'un figure des réprouvés, l'autre l'image des enfants de Dieu, « encore enfermés dans les mêmes entrailles, commencent à se faire la guerre? Collidebantur in utero ejus parvuli3. » Que signifie ce mystère? « Tu portes, ô Rébecca, dans ton ventre, dit la parole divine, deux grandes et nombreuses nations : Duse gentes sunt in utero tuo*. Quelles sont ces nations, chères Sœurs? C'est, d'une part, la nation des justes, et de l'autre, celle des impies, représentées dans ces deux enfants. Ësaiï, je l'avoue, supplantera Jacob pour un peu de temps ; il sortira le premier ; il emportera le droit d'aî-

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