‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 20 sur 441 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

prédécesseurs ou ses contemporains, avec un Senault, par exemple, en étalant dans la chaire une érudition toute profane. A ses débuts, à Navarre, parlant de la divine Mère donnée du haut de la croix au disciple bien-aimé, et en sa personne à tous les fidèles1, il se laisse tenter par une allusion à ce testament d'Eudamidas, léguant « à ses amis sa mère et ses enfants. » C'était un trait qui venait d'être popularisé par un chef-d'œuvre de Nicolas Poussin (1645). Il y revient dans les premiers temps de son séjour à Metz. Mais déjà il a perdu une partie de sa confiance en cet exemple : il sait que « les sages du monde ont ordinairement travaillé bien plus pour l'ostentation que pour la vertu ; » et aussitôt il conclut à laisser « les histoires profanes, » pour aller droit « à l'Église de Jésus-Christ2. »

Un peu plus tard (1655), un mot de Virgile se présentait sous sa plume, mot d'ailleurs profond et philosophique : An sua cuique deus fit dira cupido ? 11 s'en excuse immédiatement : « Permettez-moi, dit-il, ce petit mot d'un auteur profane, que je m'en vais tâcher d'effacer par un passage admirable d'un auteur sacré. » Et il chante avec le disciple bien-aimé : Deus caritas est ! « Il n'y a que les chrétiens, s'écrie-t-il, qui puissent se vanter que leur amour est un Dieu3. »

Le plus souvent, c'est sous forme de réminiscences spontanées que les plus beaux endroits des anciens reviennent dans les Sermons. Ils ne sont point cités, mais librement traduits, ou insérés à titre de lieux communs dans la trame du discours. Il est aisé de reconnaître, par exemple, le Sic oculos, sic Me manus, sic ora ferebat de l'Enéide (III, 490), en cette phrase mise dans la bouche d'une mère : « C'est ainsi, dira-t-elle, qu'il pose ses mains, c'est ainsi qu'il porte ses yeux, telle est son action et sa contenance4. » Une ingénieuse comparaison, tirée de la greffe des arbres et appliquée à la charité fraternelle, qui doit recevoir étrangers et ennemis, amène des expressions identiques à celles du poète des Géorgiques : « Le tronc qui l'a porté contre son incli-

1. Dévotion à la Vierge, 1651 [t,I,p.72]. Faute [t. n, p. 37].

2. Sœpulaire, 1653 [t. I, p. 379]. 4. Dévotion à la Vierge, 1651, 2e point

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