‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 21 sur 441 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

nation se réjouit, si je le puis dire, de voir naître de ce rameau et des feuilles et des fruits qui lui font honneur1. » Virgile avait dit (Georg., II, 81) : Miraturque novas frondes et non sua poma.

Je m'étonne un peu que Gandar, dans un Choix classique de sermons, où les notes sont abondantes et instructives, n'ait pas signalé un souvenir d'Horace, sur la fin du premier point du sermon sur V Ardeur de la Pénitence (1662), un des plus beaux de Bossuet : « Voyez cet insensé sur le bord d'un fleuve, qui, voulant passer à l'autre rive, attend que le fleuve se soit écoulé. » N'est-ce pas le

Rusticus expectat dum defluat amnis ; at ille Labitur et labetur in omne volubilis xvum?

(Ep., I, ii, 42).

« Et, continue de même notre orateur, il ne s'aperçoit pas qu'il coule sans cesse. Il faut passer par-dessus le fleuve ; il faut marcher contre le torrent, résister au cours de nos passions ; et non attendre de voir écoulé ce qui ne s'écoule jamais tout à fait. »

Bossuet excelle à détourner une description physique au sens moral et figuré. C'est ainsi que ses imitations même sont originales, et luttent sans désavantage avec les modèles qui les ont inspirées. Quand nous lisons ces paroles dans VOraison funèbre de la duchesse d'Orléans: « Partout on entend des cris, partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort ; » ne voit-on pas s'étendre, pour ainsi dire, sur toutes les âmes l'ombre d'un seul trépas? L'orateur s'est emparé des traits consacrés par le poète romain à exprimer l'horreur du sac d'une ville tombée au pouvoir de l'ennemi :

Luctus ubique, pavor, et plurima mortis imago. (,-Eneid., II, 369.)

Décrivant dans une rapide esquisse l'assoupissement d'une âme qui s'endort dans une trompeuse tranquillité, au lieu de continuer sa marche vers la perfection, il a présent à l'esprit le souvenir du pilote imprudent si bien dépeint à la fin du Ve livre de l'Enéide ; et quatre

Page 1