Cinéas, ambassadeur de Pyr- xvm (Note de Deforis
fait régner en régnant sur eux, parce que « servir notre Dieu, c'est régner: Sei~vire Deo, regnare est1. » O royauté auguste de notre Sauveur par laquelle tous les hommes sont rachetés ! ô mort vraiment glorieuse, ô sang utilement répandu, ô noble et magnifique conquête 2 !
Considérez, je vous prie, les Césars et les Alexandres, et tous ces autres ravageurs de provinces que nous appelons conquérants: Dieu ne les envoie sur la terre que dans sa fureur. Ces braves, ces triomphateurs, avec tous leurs magnifiques éloges, ils ne sont ici-bas que pour troubler la paix du monde par leur ambition démesurée. Ont-ils jamais fait une guerre si juste où ils n'aient opprimé une infinité d'innocents? Leurs victoires sont le deuil et le désespoir des veuves et des orphelins. Ils triomphent de la ruine des nations et de la désolation publique. Ha ! qu'il n'est pas ainsi de mon prince ! c'est un capitaine Sauveur, qui sauve les peuples parce qu'il les dompte ; et il les dompte en mourant pour eux. Il n'emploie ni le fer ni le feu pour les subjuguer : il combat par amour, il combat par bienfaits, par des attraits tout-puissants, par des charmes invincibles.
Et c'est ce qu'explique divinement un excellent passage du psaume xliv, que je tâcherai de vous exposer. Renouvelez, s'il vous plaît, vos attentions. Le prophète en ce lieu considère Notre-Seigneur comme un prince victorieux; et voyant en esprit qu'il devait assujettir sous ses lois un si grand nombre [p. 11] de peuples rebelles, il l'invite à prendre ses armes. « Mettez votre épée, lui dit-il, ô mon brave et valeureux capitaine : Accingere gladio [tuo] super fémur tuum3. » Et incontinent, comme s'il eût voulu corriger son premier discours par une seconde réflexion (ce sont les mouvements ordinaires de l'expression prophétique) : Non, non, ce n'est pas ainsi, ô mon Prince, ce n'est pas par les armes qu'il vous faut établir votre empire. — Com-
1. S. Léo, Ep. ad Demetriad., la même fête, d'où ils l'avaient recap. I. tranchée. La phrase précédente était
2. Nous supprimons ici une phrase aussi un amalgame des deux rédacintroduite par les éditeurs : « Quel- tions.
ques louanges, etc. » — Ils l'avaient 3. Ps. XLIV, 4.
empruntée au second sermon pour
ment donc? — « Allez, lui dit-il, allez, ô le plus beau des hommes, avec cette admirable beauté, avec cette bonne grâce qui vous est si naturelle : Specie tua 1 ; avancez, combattez et régnez ; intende, prospère procède et régna2. » Puis il continue ainsi son discours: « Que les flèches du Puissant sont perçantes ! tous les peuples tomberont à ses pieds. Ses coups portent tout droit au cœur des ennemis de mon roi : Sagittœ potentis acutse3. » Après quoi, il élève les yeux à la majesté de son trône et à la vaste étendue de son empire : « Sedes tua, Deus, in sseculum sxculi4 : Votre trône, ô grand Dieu, est établi es siècles des siècles ; » et le reste. Hé ! que veut dire ce règne? quelle est cette victorieuse beauté? que signifient ces coups, et ces flèches, et ces peuples blessés au cœur? C'est ce qu'il nous faut expliquer, avec l'assistance divine, par une doctrine toute chrétienne, toute prise des Livres sacrés et des Écritures apostoliques.
Mais, Fidèles, je vous avertis, que vos esprits ne soient point occupés d'une vaine idée de beauté corporelle, qui certes ne méritait pas d'entretenir si longtemps la méditation du prophète. Suivez, suivez plutôt ce tendre et affectueux mouvement de l'admirable saint Augustin. « Pour moi, dit ce grand personnage, quelque part où je voie mon Sauveur, sa beauté me semble charmante. Il est beau dans le ciel, aussi est-il beau dans la terre : beau dans le sein de son Père, beau entre les bras de sa mère. Il est beau dans les miracles, il ne l'est pas moins parmi les fouets. Il a une grâce nompareille 5, soit qu'il nous invite à la vie, soit que lui-même il méprise la mort. Il est beau jusques sur la croix, il est beau même dans le sépulcre 6 : Pulcher in cœlo, pulcher in terra;... pulcher