‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 212 sur 441 · Verset 22. mal fondée. Voy. Thucyd., I · texte numérisé non relu

Verset 22. mal fondée. Voy. Thucyd., I

4. Ad Scap., n. 2. — Ms. : major 7. Yar. : civilisée. pêne pars cvjusque civitatis.

inaccessible aux Romains, la foi du Sauveur y est abordée : Britannorum inaccessa Romanis loca, Christo vero subdita1. Que dirai-je des peuples d'Espagnes, et de la belliqueuse nation des Gaulois, l'effroi et la terreur des Romains, et des fiers Allemands, qui se vantaient de ne craindre autre chose sinon que le ciel tombât sur leurs têtes? Ils sont venus à Jésus, doux et simple [s] comme des agneaux, demander pardon humblement, poussés d'une crainte respectueuse. Rome même, cette ville superbe qui s'était si longtemps enivrée du sang des martyrs de Jésus, Rome, la maîtresse, a baissé la tête, et a porté plus d'honneur au tombeau d'un pauvre pêcheur qu'aux temples de son Romulus : Ostendatur mihi Romse tanto in honore templum Romuli, in quanto ibi ostendo memoriam Pétri2.

Il n'y a point d'empire si vaste, qui n'ait été resserré dans quelques limites. Jésus règne partout, dit le grave Tertullian : c'est dans le livre contre les Juifs, duquel j'ai tiré presque tout ce que je viens de vous dire de l'étendue du royaume de Dieu3. « Jésus règne partout, dit-il, Jésus est adoré partout. Devant lui, la condition des rois n'est pas meilleure que celle des moindres esclaves. Scythes ou Romains, Grecs ou Barbares, tout lui est égal, il est égal à tous, il est roi de tous, il est le Seigneur et le Dieu de tous : Christi regnum et nomen ubique porrigitur, ubique régnât, ubique adoratur ; non régis apud illum major gratia, non barbari alicujus inferior Isetitia; omnibus sequalis, omnibus rex, omnibus Deus et Dominus est4. » Et ce qui est de plus admirable, c'est que ce ne sont point les nobles et les empereurs qui lui ont amené les simples et les roturiers : au contraire, il a amené les empereurs par l'autorité des pêcheurs. Il a permis que les empereurs avec toute la

1. Tertull., Adv. Jud., n. 7. demeure fixe Au milieu du troi-

2. S. Aug., In Ps. xliv, n. 23. — sième siècle, Tertullien et Origène Mb.: Ostende mihi..., in quanto osten- font voir dans l'Eglise des peuples dotibl... entiers qu'un peu devant on n'y

3. Bossuet dira de même, vingt- mettait pas. » — Et il citera à l'apcinq ans plus tard : « Cent ans après pui le même traité de Tertullien Jésus-Christ, saint Justin comptait Advcrsus Judœos, c. 7. (Discours sur déjà parmi les fidèles beaucoup de l'Histoire universelle, Ile partie, nations sauvages, et jusqu'à ces peu- ch. XX.)

pies vagabonds qui erraient deçà et 4. Tertull., Adv. Jud., n. 7.

delà sur des chariots, sans avoir de

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puissance du monde résistassent à sa pauvre Église par toute sorte de cruautés, afin de faire voir qu'il ne tenait pas son royaume de l'appui ni de la complaisance des grands. Mais quand il lui a plu d'abaisser à ses pieds la majesté de l'empire : Venez, venez à moi, ô Césars ! Assez et trop longtemps vous avez persécuté mon Église: entrez vous-mêmes dans mon royaume, où vous ne serez pas [p. 16] plus considérables que les moindres de vos sujets. A même temps, Constantin, ce triomphant empereur, obéissant à la Providence, éleva l'étendard de la croix au-dessus des aigles romaines, et, par toute l'étendue de l'empire, la paix fut rendue aux Églises.

Où êtes- vous, ô persécuteurs? que sont devenus ces lions rugissants qui voulaient dévorer le troupeau du Sauveur? Mes Frères, ils ne sont plus : Jésus les a défaits : « Ils sont tombés à ses pieds : Populi sub te codent. » Il en est arrivé comme de saint Paul. « Jésus fit mourir son persécuteur, et mit en sa place un disciple: Occisus est inimicus Christi, vivit discipuîus Christi, » dit saint Augustin1. Ainsi ces peuples farouches, qui frémissaient comme des lions contre les innocents agneaux de Notre-Seigneur, ils ne sont plus, ils sont morts ; « Jésus les a frappés au cœur : In corda inimicorum.y) «C'était dans le cœur qu'ils s'élevaient contre lui, c'est dans le cœur qu'il les a abaissés : Cadunt in corde. Ibi se erigebant adversus Christum, ibi cadunt ante Christum. » « Les flèches de mon Maître ont percé le cœur de ses ennemis : Sagittœ Potentis acutœ, in corda inimicorum régis. » Il les a blessés de son saint amour. « Les ennemis sont défaits ; mon Sauveur en a fait des amis : Ceciderunt ; ex inimicis amici facti sunt ; inimici mortui sunt, amici vivunt2. » Et comment cela? « Par la croix : Domuit orbem, non ferro, sed ligno3». «Le royaume qui n'était pas de ce monde a dompté le royaume superbe, non par la fierté d'un combat, mais par l'humilité de la patience : Iiegnum quod de hoc mundo non erat, superbum mundum non atrocitatc pugnandi, sed patiendi humilitate vincebati. »

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