Ibid., 18. 4. I Cor., vi
faire en ce monde. Ses disciples croient en lui en ce jour : c'est le commencement de l'Église. Il garde son meilleur vin pour la fin du repas : c'est l'Évangile pour le dernier âge, qui doit durer jusques à la consommation des siècles. Ce vin, il le tire de l'eau, et il change cette eau en vin : c'est qu'il change la Loi en l'Évangile, c'est-à-dire, comme je m'en vais l'exposer, la figure en vérité, la lettre en esprit, la terreur en amour. Disons quelque chose de ces trois changements ; mais disons seulement lés points capitaux, à cause du peu de temps qui nous est donné ; le reste demeurera à votre méditation.
C'est de lui qu'il est écrit en la Genèse, chap. n, que l'homme laissera son père et sa mère, afin de s'attacher à sa femme2. Car, à parler selon l'usage des choses humaines, c^est plutôt la femme qui quitte la maison paternelle pour habiter avec son mari; mais, selon l'intelligence spirituelle, Jésus est cet homme par excellence, qui a quitté son Père et sa mère pour s'attacher à sa chère épouse. Il a quitté en quelque sorte son Père, lorsqu'il est descendu du ciel en la* terre, suivant ce qu'il a dit en plusieurs endroits, qu'il retournait à son Père. Il a quitté la Synagogue, sa mère, qui l'avait engendré selon la chair, afin de s'attacher à l'Église, son unique épouse, qu'il a ramassée des nations idolâtres.
Vous saurez donc, mes Sœurs, que Jésus étant la fin de tous les ouvrages de Dieu, tout ce qui s'est fait d'extraordinaire depuis l'origine du monde ne regardait que lui seul. Lisez les Écritures divines, vous verrez partout le Sauveur Jésus, si vous avez les yeux assez épurés. Il n'y a page où on ne le trouve. Il est dans le Paradis terrestre, il est dans le déluge, il est sur la montagne, il est au passage de la mer Rouge, il est dans le désert, il est dans la Terre promise, dans les cérémonies, dans les sacrifices, dans l'arche, dans le tabernacle ; il est partout ; mais il n'y est qu'en figure. Ainsi a-t-il plu à notre grand Dieu, comme dit l'Apôtre aux
1. Voy., p. 481, nn autre Premier l'année suivante. point, composé sur le même sujet 2. Gen., Il, 24.
Galates *, de nous élever peu à peu, comme des enfants, à la connaissance de ses mystères. Par une infinité d'exemples sensibles, réitérés durant plusieurs siècles, par des similitudes de choses corporelles qui faisaient impression sur nos imaginations, il nous a doucement conduits à l'intelligence de ses vérités; il nous a fait entendre les grandes choses qu'il préparait pour notre salut. Considérez, je vous prie, tout ce grand attirail de la loi mosaïque. Pourquoi charger ce peuple de tant de différentes cérémonies, qui étaient toutes fort laborieuses, et néanmoins d'elles-mêmes incapables de rendre l'homme plus agréable à Dieu? Car il est évident, mes très chères Soeurs, que ni tant de purifications corporelles, ni tous ces bains externes, ni ce nombre infini de pénibles observations, ni l'odeur de l'encens ou de la graisse brûlée, ni le sang des animaux égorgés, n'étaient pas choses qui par elles-mêmes pussent plaire à notre grand Dieu, qui, étant un pur esprit, veut être adoré en esprit et en vérité. Mais il ordonnait toutes ces choses, afin que tout ce pompeux appareil et que toute cette2 majesté extérieure de la religion judaïque fussent des figures de son cher Fils; et c'était cette considération qui lui rendait ces choses agréables pour un temps, bien qu'elles fussent indifférentes de leur nature. Donc, comme l'enseigne l'Apôtre, depuis l'origine du monde jusques à la résurrection du Sauveur Jésus, « tout arrivait en figure à nos pères : Omnia in figura contingebant Mis3. » C'est pourquoi l'admirable saint Augustin dit que ni dans la loi de nature, ni dans la loi mosaïque, il n'y voit rien de doux, s'il n'y lit le Sauveur Jésus. Tout cela est sans goût ; c'est une eau insipide, si elle n'est changée en ce vin céleste, en ce vin évangélique que l'on garde pour la fin du repas, ce vin que Jésus a fait, et qu'il a tiré de sa vigne élue 4. Voulez-vous que nous rapportions ° quelques traits de l'histoire ancienne, et vous verrez combien elle est insipide, si nous n'y entendons le Sauveur. Nous en dirons quelques-uns des plus remarquables, avec le docte saint