I Cor., x, 11. — Ms. : tiçurig. 5. Var. : parcourions
Augustin 1 ; car, de raconter en détail tout ce qui nous parle de notre Sauveur, les années n'y suffiraient pas. Voyez dans le Paradis terrestre, voyez cet homme nouveau que Dieu a fait selon son plaisir. Il lui envoie un profond sommeil, pour former d'une de ses côtes la compagne qu'il lui destinait. Dites-moi, dit saint Augustin, qu'était-il nécessaire de l'endormir pour lui tirer cette côte? Était-ce point peut-être pour lui diminuer la douleur ? Ha ! que cette raison serait ridicule ! Mais que cette histoire est peu agréable, que cette eau est fade, si Jésus ne la change en vin ! Ajoutez-y le sens spirituel, vous verrez le Sauveur dont la mort fait naître l'Église ; mort qui est semblable au sommeil, à cause de sa prompte résurrection, et de la tranquillité avec laquelle il la subit volontairement. Sa mort fait donc naître l'Église. On tire une côte au premier Adam pour former sa femme, pendant un sommeil tout mystérieux ; et pendant le sommeil du nouvel Adam, après qu'il a fermé les yeux2 avec la même paix que les hommes sont gagnés du sommeil, on lui ouvre son côté avec une lance, et incontinent sortent les sacrements par lesquels l'Église est régénérée. Que dirai-je ici de Noé, qui seul rétablit le monde enseveli dans les eaux du déluge, qui repeuple le genre humain avec le petit nombre d'hommes qui restait dans sa famille? N'étaitce pas le Sauveur, l'unique réparateur des hommes, qui, par le moyen de douze hommes qu'il envoie par toute la terre, peuple le royaume de Dieu et remplit tout le monde d'une race nouvelle? Que dirai-je du petit Isaac, qui porte lui- [même le] bois sur lequel il doit être immolé, pendant que son père se prépare, selon les ordres de Dieu, de le sacrifier sur la montagne? O spectacle d'inhumanité! Mais, si j'y considère le Sauveur Jésus, il devient un spectacle de miséricorde. C'est Jésus qui porte sa croix pour être immolé sur le mont de Calvaire, livré par son propre Père es mains de ses ennemis, afin d'être une hostie vivante pour l'expiation de nos crimes. Et le chaste Joseph, vendu par ses frères et emprisonné par les Égyptiens, devenu par
1. De Gènes, ad litter., lib. IX, 2. Var. : rendu son esprit.
*,ap. XIII, n. 23.
cette disgrâce le sauveur de ses frères et des Egyptiens, n'est-ce pas le Sauveur Jésus mis à mort par les Juifs, ses frères, et par les Égyptiens, c'est-à-dire par les idolâtres, et devenu par sa mort Sauveur des Juifs et des idolâtres? Si je passe la mer Rouge avec les Israélites, si je demeure dans le désert avec eux, combien de fois y verrai-je le Fils de Dieu, seul guide de son peuple dans le désert de ce monde, qui, les retirant de l'Egypte par l'eau du baptême, les conduit à la Terre promise? Cette manne si délicieuse, qu'est-ce, qu'une viande1 corporelle, si je n'y goûte le Sauveur? Elle est fade, elle est insipide ; peu s'en faut que je ne dise avec les Juifs : Notre cœur se soulève sur cette viande légère2. Mais, quand j'y considère le Sauveur Jésus, vrai pain des anges, vraie nourriture des âmes fidèles, dont nous nous repaissons à la sainte table, ha! qu'elle est douce! qu'elle est savoureuse! Voyez le pavé du temple, voyez les habits sacerdotaux ; voyez l'autel et le sanctuaire tout trempés du sang des victimes, et le peuple israéîite lavé tant de fois de ce même sang : que tout cela est froid, chères Sœurs, si la foi ne m'y montre le sang de l'Agneau répandu pour la rémission de nos crimes, ce sang du Nouveau-Testament que nous offrons à Dieu sur ces terribles autels, et dont nous nous rassasions pour la vie éternelle !
En un mot, dit saint Augustin3, si nous ne regardons Jésus-Christ, toutes les Écritures prophétiques n'ont pas de goût ; elles sont apparemment pleines de folie, du moins en quelques endroits. Que nous y goûtions le Sauveur, tout y est lumière, tout y est intelligence, tout y est raison. Voyez ces deux disciples qui vont en Emmaûs. Ils s'entretenaient de la rédemption d'Israël ; c'est le sujet de toute la loi ancienne : mais ils n'y entendaient pas les mystères du Rédempteur. C'était une eau sans force et sans goût : aussi sont-ils froids et languissants. Nous espérions, disaient-ils, qu'il rachèterait Israël4'. Nous espérions: o froide parole! Jésus approche d'eux, il parcourt toutes les prophéties, il les introduit au secret, au sens profond et mystérieux ; il