Luc, xu, 50. 2. Levit., XII
gneur, si vous n'en avez pas le moyen, vous offrirez deux pigeonneaux ou une paire de tourterelles. Par où vous voyez que l'on pouvait suppléer au défaut de l'agneau par les pigeonneaux ou la tourterelle ; et cela se faisait ordinairement par les pauvres, pour lesquels la Loi semble avoir donné ce choix de victimes : les pigeonneaux et les tourterelles, c'étaient1 le sacrifice des pauvres. Maintenant souffrez que je vous demande quelle victime vous pensez que l'on ait offerte pour le Roi du ciel. Écoutez, je vous prie, l'évangéliste saint Luc : Ils offrirent pour lui, dit-il, une paire de tourterelles, ou deux pigeonneaux. Une paire de tourterelles, ou deux pigeonneaux : mais lequel des deux, saint évangéliste? Pourquoi cette alternative? Est-ce ainsi que vous racontez une chose faite? Pénétrons, s'il vous plaît, son dessein : tout ceci n'est pas sans mystère. Certes l'intention de l'évangéliste n'est pas de nous rapporter précisément laquelle victime en particulier a été offerte, puisqu'il nous donne cette alternative : deux pigeonneaux, ou une paire de tourterelles. Ce n'est pas aussi son dessein de faire une énumération de toutes les choses qui pouvaient être offertes en cette cérémonie selon les termes de la loi de Dieu, puisqu'il ne parle point de l'agneau. Quelle peut donc être sa pensée ? Est-ce point qu'il nous veut faire entendre que c'eût été hors de propos qu'on eût offert un agneau, en ce même temps où l'on apportait dans le temple le vrai Agneau de Dieu, qui venait effacer les péchés du monde? ou bien n'est-ce pas plutôt que l'évangéliste nous fait entendre qu'il n'est pas nécessaire que nous sachions quelle a été précisément la victime offerte pour notre Sauveur, pourvu que nous connaissions que le sacrifice, quel qu'il ait été, était le sacrifice des pauvres ; par turturum, aut duos pullos columbarum2?
Chères Sœurs, qui, poussées de l'Esprit de Dieu, avez généreusement renoncé à tous les biens et même à toutes les espérances du monde, réjouissez-vous en Notre-Seigneur. Jamais y eut-il homme plus pauvre que le Sau-
1. Les éditeurs, ne pouvant ab- auront supposé un lapsus, à tort, je eoudre cette curieuse syntaxe, ont crois, corrigé : « c'était le sacrifice... )) Ils 2. Luc, il, 24.
veur ? Son père gagnait sa vie par le travail de ses mains et par l'exercice d'un art mécanique : lui-même, il n'avait rien en ce monde, pas même une pauvre retraite ni de quoi appuyer sa tête. Certes les historiens remarquent que, souvent à la nativité des grands personnages, il s'est vu des choses qui ont servi de présages de ce qu'ils devaient être pendant la vie. Ne vous rapporte-t-on pas qu'on a vu fondre des aigles ou sur la chambre ou sur le berceau de ceux qui devaient être un jour empereurs? Et on raconte de saint Ambroise et de quelques autres, qu'un essaim d'abeilles s'étaient reposées innocemment sur leurs lèvres, pour signifier la douceur de leur éloquence. O Épouses de Jésus-Christ ! dans ces dernières fêtes que nous avons célébrées, que nous avons vu de présages de l'extrême pauvreté dans laquelle Jésus devait vivre! Quel est l'enfant si misérable, dont les parents n'aient pas du moins quelque chétive demeure, où ils puissent les 1 mettre à couvert des injures de l'air au moment qu'ils viennent au monde? Jésus, rebuté de tout le monde, est plutôt, ce semble, exposé, que né dans une étable. Ainsi il naquit, ainsi il vécut, ainsi il mourut. Il a choisi le genre de mort où on est le plus dépouillé ; et nu qu'il était à la croix, il voyait ces 2 avares et impitoyables soldats qui partageaient ses vêtements et jouaient à trois dés jusques à sa tunique mystérieuse. Ne fut-il pas enterré dans un sépulcre emprunté? Et les draps dans lesquels son saint corps fut enseveli, les parfums desquels il fut embaumé, furent les dernières aumônes de ses amis. De sorte que, pour ne se point démentir dans cette action, qui était, comme vous le verrez tout à l'heure, une représentation de sa mort, il veut que l'on offre pour lui le sacrifice des pauvres, une paire de pigeonneaux ou deux tourterelles. O Roi de gloire, qui, étant si riche par la condition de votre nature, vous êtes jait pauvre par Vamour de nous, afin de nous enrichir par votre abondance3, inspirez dans nos cœurs un généreux mépris de toutes ces choses que les mortels aveuglés appellent des biens, et faites-nous trouver dans le ciel