MIL Gandar et Gazier regar
[P. 1] Dans cette importante délibération1, Chrétiens, je me représente que, venu tout nouvellement d'une terre inconnue et déserte, séparée de bien loin du commerce et de la société des hommes, ignorant des choses humaines, je suis élevé tout à coup au sommet d'une haute montagne, d'où, par un effet de la puissance divine, je découvre la terre et les mers et tout ce qui [se] fait dans le monde. C'est avec un pareil artifice que le bienheureux martyr Cyprien fait considérer les vanités du siècle à son fidèle ami Donatus2. Élevé donc sur cette montagne, je vois du premier aspect cette multitude infinie de peuples et de nations, avec leurs mœurs différentes et leurs humeurs incompatibles, les unes barbares et sauvages, les autres plus polies et civilisées. Et comment pourrais-je vous rapporter une telle variété de coutumes et d'inclinations? Après, descendant plus exactement au détail de la vie humaine, je contemple les divers emplois dans lesquels les hommes s'occupent. O Dieu éternel ! quel tracas ! quel mélange de choses ! quelle étrange confusion ! Je jette les yeux sur les villes, et je ne sais où arrêter la vue, tant j'y vois de diversité. Celui-ci s'échauffe dans un barreau ; cet autre songe aux affaires publiques ; les autres, dans leurs boutiques, débitent plus de mensonges que de marchandises. Je ne puis considérer sans étonnement tant d'arts et tant de métiers avec leurs ouvrages divers, et cette quantité innombrable de machines et d'instruments que l'on emploie en tant de manières. Cette diversité confond mon esprit ; si l'expérience ne me3 la faisait voir, il me serait impossible de m 'imaginer4 que l'invention humaine5 fût si abondante.
D'autre part, je regarde que la campagne n'est pas moins occupée : personne n'y est de loisir, chacun y est en action et en exercice, qui à bâtir, qui [p. 2] à faire remuer la terre, qui à l'agriculture, qui dans les jardins ; celui-ci y travaille pour l'ornement et pour les délices, celui-là pour la nécessité ou pour le ménage ;