‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 246 sur 441 · Var. : dans les emplois vio- fin de la phrase · texte numérisé non relu

Var. : dans les emplois vio- fin de la phrase

lent-, dans la guerre ou bien à la 5. Var. : Celui-ci passe toute sa

chasse, qui semble en être une image. vie...

velles amitiés. Celui-ci est possédé de folles [p. 3} amours, celui-là de haines cruelles et d'inimitiés implacables ; et cet autre, de jalousies furieuses. L'un amasse, et l'autre dépense. Quelques-uns sont ambitieux et recherchent avec ardeur les emplois publics ; les autres sont plus retenus et aiment mieux le repos et la douce oisiveté d'une vie privée. Chacun a sa manie et ses inclinations différentes. Les mœurs sont plus dissemblables que les visages, chacun veut être fol à sa fantaisie : la mer n'a pas plus de vagues quand elle est agitée par les vents, qu'il naît de diverses pensées de cet abîme sans fond, de ce secret impénétrable du cœur de l'homme. C'est à peu près, mes Frères, ce qui se présente à mes yeux, quand je considère attentivement les affaires et les actions qui exercent la vie humaine.

A cette étonnante diversité, je demeure surpris x et comme hors de moi ; je me regarde, je me considère : que ferai-je? où me tournerai-je? Cogitavi vias meas. Certes, dis-je incontinent en moi-même, les autres animaux semblent ou se conduire ou être conduits d'une manière plus réglée et plus uniforme : d'où vient dans les choses humaines une telle inégalité et une telle bizarrerie? Est-ce là ce divin animal dont on raconte de si grandes merveilles? cette âme d'une vigueur immortelle n'est-elle pas capable de quelque opération plus divine, et qui ressente mieux le lieu d'où elle est sortie? Toutes les occupations que je vois me semblent ou serviles, ou vaines, ou folles, ou criminelles: j'y vois du mouvement et de l'action pour agiter l'âme ; je n'y vois ni règle, ni véritable conduite pour la composer. Tout y est vanité et affliction d'esprit, disait le plus sage des hommes2. Ne paraîtra-t-il rien à ma vue3 qui soit digne d'une créature faite à l'image de Dieu? Cogitavi vias meas. Je cherche, je médite, j'étudie mes voies ; et pendant que je suis dans ce doute, je découvre un nouveau genre d'hommes que Dieu a dispersé [s] deçà et delà dans le monde, qui mettent tous leurs soins à former leur vie sur l'équité de la loi divine : ce sont les justes et les gens de bien. [p. 4] Leur conduite me

' 1. Var. : tout stupide. (Était-ce 2. Eccle., I, 14.

une réminiscence de Cinna, V, I ?) 3. Var. : à mes yeux.

SUR LA LOI DE DIEU. 3] i

paraît plus égale, et leur contenance plus sage, et leurs mœurs bien mieux ordonnées ; mais le nombre en est si petit, qu'à peine paraissent-ils sur la terre. Davantage, pour l'ordinaire, je ne les vois pas dans le grand crédit ; il semble que leur partage soit le mépris et la pauvreté : ceux qui les maltraitent et qui les oppriment vont dans le monde la tête levée, au milieu des applaudissements de toutes les conditions et de tous les âges ; et c'est ce qui me rejette dans de nouvelles perplexités. Suivrai-je le grand ou le petit nombre? les sages ou les heureux? ceux qui ont la faveur publique, ou ceux qui se satisfont du témoignage de leurs consciences?

Mais enfin, après plusieurs doutes, voici la réflexion que je fais: Je suis dans une profonde ignorance, j'ai été comme exposé en ce monde sans savoir ce qu'il y faut faire ; et ce que je puis en apprendre est mêlé de tant de sortes d'erreurs, que mon âme demeurerait suspendue dans une incertitude continuelle, si elle n'avait que ses propres lumières ; et nonobstant cette incertitude, je suis engagé à un long et périlleux voyage : c'est le voyage de cette vie, où il faut nécessairement que je marche par mille sentiers détournés, environné de toutes parts 1 de précipices fameux par la chute de tant de personnes. Aveugle que je suis, que ferai-je, si quelque bonne fortune ne me fait trouver un guide fidèle, . qui régisse mes pas errants et conduise mon âme mal assurée? C'est la première chose qui m'est nécessaire.

Mais je n'ai pas seulement l'esprit obscurci d'ignorance ; ma volonté est extrêmement déréglée : il s'y élève sans cesse des désirs injustes ou superflus ; je suis presque toujours en désordre par la véhémence de mes passions et par la violente précipitation de mes mouvements ; il faut que je cherche une règle certaine qui compose mes mœurs selon la droite raison, et réduise mes actions à la juste médiocrité : c'est la seconde chose dont j'ai besoin.

[P. 5] Et enfin2, voici la troisième: mon entendement et ma volonté, qui sont les deux parties princi-

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