‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 252 sur 441 · EccL. il · texte numérisé non relu

EccL. il

finesse que de rechercher simplement les commandements de mon Dieu : Super senes intellexi, quia mandata tua qusesivi1.

En effet, considérez, Chrétiens, ces grands et puissants génies: ils ne savent tous ce qu'ils font. Ne voyonsnous pas tous les jours [p. 17] manquer quelque ressort à leurs grands et vastes desseins, et que cela ruine toute l'entreprise? L'événement des choses est ordinairement si extravagant 2, et revient si peu aux moyens que l'on y avait employés, qu'il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'il y a une puissance occulte et terrible qui se plaît de renverser les desseins des hommes, qui se joue de ces grands esprits qui s'imaginent remuer tout le monde et qui ne s'aperçoivent pas qu'il y a une raison supérieure qui se sert et se moque d'eux, comme ils se servent et se moquent des autres3.

En effet, il le faut avouer4, dans la confusion des choses humaines, l'unique sûreté, mes chers Frères, la seule et véritable science est de s'attacher constamment à cette raison dominante. Ha ! quelle consolation à une âme de suivre la raison souveraine avec laquelle on ne peut errer ! Sans cela nos affaires iraient au hasard et à l'aventure. Car ce serait une folle persuasion de croire que nous puissions prendre si justement nos mesures, que nous fassions tomber les événements au point précis que nous souhaitons ; les rencontres des choses humaines sont trop irrégulières et trop bizarres. Il sert beaucoup d'observer le temps pour ensemencer la terre et pour moissonner ; et néanmoins, dit le Sage, que je ne me lasse point de vous alléguer en cette matière : « Qui prendrait garde au vent de si près, jamais il ne sèmerait ; et qui considérerait les nues, attendant toujours que le temps lui vînt entièrement à souhait, jamais il ne recueillerait ses moissons : Qui observât ventum, non seminat ; et qui considérât nubes, nunquam metet5. » [p. 18] Il veut dire, par cet exemple, que c'est6 un

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