Var. : fait perdre. 3. Yar. : certainement nous ne
2. Var. : laisse voguer le navire vivons pas d*autre sorte, au gré des vents et des eaux.
et aux occurrences présentes, par exemple, quitter pour un temps ses plaisirs pour établir sa fortune, c'est aller adroitement à ses fins, c'est avoir la science du monde et savoir ce que c'est que de vivre. Mais de remonter à la source du mal et de couper une bonne fois la racine des mauvaises inclinations, c'est à quoi personne ne pense. O pauvres mortels abusés ! Hé Dieu ! qui nous a jetés * dans de si fausses persuasions ? Et comment ne voyons-nous pas qu'étant d'une race divine, comme dit l'apôtre saint Paul2, il faut prendre de bien plus haut la règle de nos affaires? Car, s'il est vrai ce que nos pères ont dit contre les sectateurs d'Épicure et l'école des libertins que, de même que cet univers est régi par une Providence éternelle, ainsi les actions humaines, quelque extravagance qui nous y paraisse, sont conduites et gouvernées par une sagesse infinie ; n'est-il pas absolument nécessaire qu'elles aient une règle certaine sur laquelle elles soient composées? Et si nous ne sommes pas capables de ces grandes et importantes raisons, l'expérience du moins ne devrait-elle pas nous avoir appris qu'ayant plusieurs désirs [p. 24] qui nous sont pernicieux à nous-mêmes, la véritable sagesse n'est pas de les savoir contenter, mais de les savoir modérer ? Hé Dieu ! que serait-ce des choses humaines, si chacun suivait ses désirs? D'où vient que les Néron, les Caligula et ces autres monstres du genre humain, se sont laissés aller à des actions si brutales et si furieuses? N'est-ce pas par la licence effrénée de faire tout ce qu'ils ont voulu? pour nous faire voir, Chrétiens, qu'il n'y a point d'animal plus farouche ni plus indomptable que l'homme, quand il se laisse dominer à ses passions. Par conséquent, il est nécessaire de donner quelques bornes à nos désirs par des règles fixes et invariables : et d'autant que nous avons tous la même raison et qu'étant d'une même nature, il est entièrement impossible que nous ne soyons destinés à la même fin, il s'ensuit de là, par nécessité, que ces règles que nous poserons doivent être communes à tous les hom-
1. Les onze lignes qui suivent sont placées, et elles sont utiles pour lier barrées dans le manuscrit (f. 434). eequiprécèdeeteequisuit.l G-andar.) Bossuet toutefois ne les a pas rem- 2. Aet., xvn, 28.
mes. Or vous allez voir, Chrétiens, par un raisonnement invincible, qu'il n'y en peut avoir d'autres que la loi de Dieu.
Où notre désordre x paraît plus visible, c'est que nous sommes toujours hors de nous ; je veux dire que nos occupations et nos exercices, nos conversations et nos divertissements nous attachent aux choses externes. J'en ai déjà dit quelque chose au commencement de ce discours, et je le répète à présent pour en tirer d'autres conséquences; mais ne m'obligez pas, Chrétiens, de rentrer encore une fois dans le particulier de nos actions, pour vous faire voir cette vérité [p. 25] trop constante. Que chacun s'examine soi-même, et il reconnaîtra manifestement qu'il n'agit que par des motifs tirés purement de dehors ; et toutefois la première chose que la règle doit faire en nos âmes, c'est de nous ramener en nous-mêmes. Vous avez fait, dites-vous, une grande affaire, vous avez trouvé le moyen d'amasser beaucoup de richesses, vous êtes entré dans les bonnes grâces d'une personne considérable qui vous peut rendre de grands services : et je veux encore supposer, si vous 1p voulez, que vous vous soyez rendu maître de tout le monde : votre âme n'en est pas en meilleure assiette ; vos moeurs n'en sont pour cela ni plus innocentes, ni mieux ordonnées. « Je ne suis point dans l'intrigue, dit le grave Tertullian dans le docte livre de Pallio ; on ne me voit [pas] m'empresser près la personne des grands ; je n'assiège ni leurs portes, ni leur passage; je ne me romps point l'estomac à crier au milieu d'un barreau ; je ne vas ni aux marchés, ni aux places publiques; j'ai assez à travailler en moimême ; c'est là ma grande et ma seule affaire : In me unicum negotium mihi est2. » C'est qu'il pensait bien sérieusement à régler son intérieur ; et le premier effet, comme je disais, de cette résolution, c'est de nous rappeler en nous-mêmes 3 .
1. Tout ce qui suit (jusqu'au mi- Xais ces modifications datent de la
lieu de la p. 332) a été barré après reprise du discours (1659).
coup dans le manuscrit. Bossuet se 2. De Pâli., n. 5.
proposait évidemment d'abréger en •">. Redite qui explique la sévérité
chaire cette partie du second point, de Bossuet oour cette partie de son
comme on va le voir abréger l'ex- discours. (G-andar.) orde sur le papier. (Gandar.) —
Mais s'il ne faut autre chose, l'orgueil, toujours empressé, se présentera aussitôt à nos yeux. Voyez cet orgueilleux, comme il se contemple, avec quelle complaisance il se considère de toutes parts ; l'orgueil le fait rentrer en soi-même. Et n'est-ce pas l'orgueil, Chrétiens, qui a retiré tant de philosophes du milieu de la multitude? Nous voulons, disaient-ils, vaquer à nous-mêmes ; et certes, ils [p. 26] disaient vrai : c'était en eux-mêmes qu'ils voulaient s'occuper à contempler leurs belles idées, à se contenter de leurs beaux et agréables raisonnements, à se former à leur fantaisie une image de vertu de laquelle ils faisaient leur idole. Ils ne reconnaissaient pas comme il faut ce grand Dieu, duquel toutes leurs lumières étaient découlées : superbes et arrogants qu'ils étaient, ils ne songeaient qu'à se plaire à eux-mêmes dans leurs subtiles inventions. C'est là tout le désordre, c'est la vraie source du dérèglement, (^ui donc nous ramènera utilement en nous-mêmes, nous retirant de tant d'objets inutiles dans lesquels notre âme s'est elle-même si longtemps dissipée? Ce sera sans doute la loi de Dieu par l'humilité chrétienne. C'est l'humilité chrétienne qui nous rappelle véritablement en nous-mêmes, parce qu'elle nous fait rentrer dans la considération de notre néant : elle nous fait entendre que nous tenons tout de la miséricorde divine ; et ainsi elle nous abaisse sous la loi de Dieu : elle nous assujettit à sa volonté, qui est la règle souveraine de notre vie
Dieu a fait l'homme droit, dit l'Ecclésiaste 1 ; et voici en quoi le docte saint Augustin reconnaît cette rectitude. La rectitude, et la juste règle, et l'ordre, sont inséparables : or, chaque chose est bien ordonnée quand elle est soumise aux causes supérieures qui doivent lui ~ dominer par leur naturelle condition : c'est en cela que l'ordre consiste, quand chacun se range aux volontés de ceux à qui il doit être soumis. Dieu donc, dit saint Augustin, a donné ce précepte à l'homme, « de régir ses inférieurs, et d'être lui-même régi par la puissance suprême: Régi a superiore, regere inferiorem3. » [p.