EccL, vil, 30. observe qne saint Augustin avait
2. Arar. : dominer sur elle. dit : Hœrere guperiori. La traduction
3. In Ps. cxlv. n. 5. — Deforis de Bossuet ne permet pas ici de
27] De même donc que la règle des mouvements inférieurs, c'est la juste et saine raison, ainsi la règle de la raison, c'est Dieu même; et lorsque la raison humaine compose ses mouvements selon la volonté de son Dieu, de là résulte cet ordre admirable, de là ce juste tempérament, de là cette médiocrité raisonnable qui fait toute la beauté de nos âmes. Pour pénétrer au fond de cette doctrine excellente de saint Augustin, élevons un peu nos esprits, et considérons attentivement que la volonté de Dieu est la règle suprême selon laquelle toutes les autres règles doivent être nécessairement mesurées. Elles n'ont de justice ni de vérité, qu'autant qu'elles se trouvent conformes à cette règle première et originale qui n'emprunte rien de dehors, mais qui est sa loi elle-même1. C'est pourquoi le prophète David dit, au psaume xviii, que les jugements de Dieu sont vrais et justifiés par eux-mêmes. Vrais et justifiés par eux-mêmes ; comme s'il disait : Les jugements des hommes peuvent bien quelquefois être véritables ; mais ils ne peuvent pas être justifiés par eux-mêmes. Toutes les vérités créées doivent être nécessairement conférées à la vérité divine, de laquelle elles tirent toute leur certitude. Mais, pour les jugements de Dieu, dit le saint prophète, « ils sont vrais d'une vérité propre et essentielle ; et c'est pour cette raison qu'ils sont justifiés par eux-mêmes: Vera, justificata in semetipsa2. » De sorte que la volonté divine préside à cet univers ; étant ellemême sa règle, elle est par conséquent la règle infaillible de toutes les choses du monde, et la loi immuable par laquelle elles sont gouvernées.
Sur quoi je fais une observation dans le prophète David, [p. 28] qui peut-être édifiera les âmes pieuses. Cet homme toujours transporté d'une sainte admiration de la providence divine, après avoir célébré la sagesse de ses conseils dans ses grands et magnifiques ouvrages, passe de là insensiblement à la considération de ses lois. Ainsi, au psaume xviii : Les cieux, dit ce grand per-
rétablir le texte (G-andar). — Nous pressions, mais toujours leurs pen-
avons déjà vu, et nous verrons sou- sées.
vent Bossuet citer de mémoire. Ses 1. Phrase soulignée.
analyses des saints Pères ne lui 2. Ps. xviii, 10.
rappelaient pas toujours leurs ex-
sonnage, racontent la gloire de Dieu 1. Puis, ayant employé la moitié du psaume à glorifier Dieu dans ses œuvres, il donne tout le reste à chanter l'équité de ses ordonnances. La loi de Dieu, dit-il, est immaculée, les témoignages de Dieu sont fidèles 2 ; et il achève cet admirable cantique dans de semblables méditations. Et au psaume cxviii : Votre vérité, dit-il, 6 Seigneur ! est établie éternellement dans les deux ; votre main a fondé la terre, et elle demeure toujours immobile : c'est en suivant3 votre ordre, que les jours se succèdent les uns aux autres avec des révolutions si constantes ; et toutes choses, Seigneur, servent à4, vos décrets éternels5. Et puis il ajoute : N'était que votre loi a occupé toute ma pensée, cent fois j'aurais manqué de 6 courage parmi tant de 7 diverses afflictions dont ma vie a été tourmentée*. Fidèles, que veut-il dire9? quelle liaison trouve ce chantre céleste entre les ouvrages de Dieu et sa loi? Est-ce par une rencontre fortuite que cet ordre se remarque en plusieurs endroits de ses psaumes? Ou bien ne vous semble-t-il pas qu'il nous dit à tous au fond de nos consciences : Élevez vos yeux, ô enfants d'Adam, hommes faits à l'image10 de Dieu ; contemplez cette belle structure du monde ; voyez cet accord et cette harmonie : y a-t-il rien de plus beau ni de mieux entendu que ce grand et superbe édifice? [p. 29] C'est parce que la volonté divine y a été fidèlement observée, c'est parce que ses desseins ont été suivis et que tout se régit par ses mouvements. Car cette volonté étant sa règle elle-même, toujours juste, toujours égale, toujours uniforme, tout ce qui la suit ne peut aller que dans 1X un bel ordre : de là, ce concert et cette cadence si juste et si mesurée. Que si les créatures même corporelles reçoivent tant d'ornement, à cause qu'elles obéissent aux décrets de Dieu, combien grande sera la beauté des natures intelligentes, lorsqu'elles seront ré-