‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 259 sur 441 · Var. : je serais péri. 11. Var. : qu'en bel ordre · texte numérisé non relu

Var. : je serais péri. 11. Var. : qu'en bel ordre

glées par ses ordonnances ! Consultez toutes les créatures du monde : si elle avaient de la voix, elles publieraient hautement qu'elles se trouvent très bien d'observer les lois de cette Providence incompréhensible, et que c'est de là qu'elles tirent toute leur perfection et tout leur éclat ; et, n'ayant point de langage, elles ne laissent pas de nous le prêcher par cette constante uniformité avec laquelle elles s'y attachent. Vous, hommes, enfants de Dieu, que votre Père céleste a illuminés d'un rayon de son intelligence infinie, quelle sera votre ingratitude, si, plus stupides et plus insensibles que les créatures inanimées, vous méprisez de suivre les lois que Dieu même vous a données depuis le commencement du monde par le ministère de ses saints prophètes, et enfin dans la plénitude des temps par la bouche de son cher Fils ! C'est ainsi, ce me semble, que nous parle le prophète David.

O Dieu éternel ! Chrétiens, quand il faudra paraître devant ce tribunal redoutable, quelle sera notre confusion, lorsqu'on nous reprochera, devant les saints anges, que, Dieu nous ayant donné une âme d'une nature immortelle afin que nous employassions tous nos soins à régler ses actions et ses mouvements selon leur véritable modèle, nous avons fait si peu d'état de ce [p. 30] riche et incomparable présent, que, plutôt que de travailler en cette âme ornée de l'image de Dieu, nous avons appliqué notre esprit à des occupations toujours superflues et le plus souvent criminelles ; de sorte qu'au grand mépris de la munificence divine, parmi tant de sortes d'affaires qui nous ont vainement travaillés, la chose du monde la plus précieuse a été la plus négligée ! O folie ! ô indignité ! ô juste et inévitable reproche ! Ha ! grand Dieu, je le veux prévenir. Assez et trop longtemps mon âme s'est égarée parmi tant d'objets étrangers, dans le jeu, dans les compagnies, dans l'avarice, dans la débauche. Je rentrerai en moi, du moins à ce carême qui nous touche de près. J'étudierai mes voies ; je chercherai la règle sur laquelle je me dois former ; et, comme il ne peut y en avoir d'autre que vos saints et justes commandements, je tournerai mes pas du côté de vos témoignages : c'est ma der-

nière et irrévocable résolution, que tous confirmerez, s'il vous plaît, par votre grâce toute-puissante; c'est elle qui me fera trouver le repos où je viens de rencontrer le bon ordre, et où je trouvais tout à l'heure la vérité et la certitude ; et pour vous en convaincre, Fidèles, c'est par où x je m'en vais finir ce discours.

[Troisième Point.]

Je ne pense pas, Chrétiens, après ces belles maximes que nous avons, ce me semble, si bien établies par les Écritures divines, qu'il soit nécessaire de recommencer une longue suite de raisonnements pour vous faire voir que notre repos est dans l'observance exacte de la loi de Dieu. Contentons-nous d'appliquer ici, par une méthode facile et intelligible2, la doctrine que, par la miséricorde de Dieu, nous vous avons aujourd'hui expliquée ; cette vérité paraîtra dans son évidence.

Chaque chose commence à goûter son repos, quand elle est dans sa bonne et [p. 31] naturelle constitution. Vous avez été tourmenté d'une longue et dangereuse maladie ; peu à peu vos forces se rétablissent, et les choses reviennent au juste tempérament ; cela vous promet un prochain repos. Et comment donc notre âme ne jouiraitelle pas d'une grande tranquillité, après que la loi de Dieu a guéri toutes ses maladies ? La loi de Dieu établit l'esprit dans une certitude infaillible ; si bien que, les doutes étant levés et les erreurs dissipées, non par l'évidence de la raison, mais par une autorité souveraine, plus inébranlable et plus ferme que nos plus solides raisonnements, il faut que l'entendement acquiesce. Et de même la volonté ayant trouvé sa règle immuable, qui coupe et qui retranche ce qu'il y a de trop en ses mouvements, ne doit-elle pas rencontrer une consistance tranquille, et une sainte et divine paix? C'est pourquoi le Psalmiste disait : Les justices de Dieu sont droites et réjouissent le cœur3. Elles réjouissent le cœur, parce qu'elles sont droites : parce qu/elles règlent ses affections, parce qu'elles le mettent dans la disposition qui

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