‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 263 sur 441 · Jac, v, 7. 4. Ms. : désirs. Les éditeurs corri · texte numérisé non relu

Jac, v, 7. 4. Ms. : désirs. Les éditeurs corri

2. Var. : pour charmer nos inquié- gent, et une première rédaction de Judes. ce passage (exorde) leur donne rai-

3. Tout ce développement sur son. M. Gffzier remarque en outre l'espérance est souligné par un trait que désirs venait d*ètre effacé par vertical à la sanguine. L'auteur se Bossuet à la fin de la page précéménageait la facilité de le retrouver deute.

au besoin.

nous les manquons1, ou elles nous manquent; nous les manquons lorsque nous ne pouvons pas parvenir au but que nous prétendions ; elles nous ont manqué 2, lorsque ayant obtenu ce que nous voulons, nous n'y trouvons pas ce que nous cherchons. Si bien que les plus sages, après que cette première ardeur, qui donne l'agrément aux choses du monde, est un peu ralentie par le temps, s'étonnent le plus souvent de s'être si fort travaillés pour rien3.

Et par conséquent, Chrétiens, que pouvons-nous faire de mieux que de nous reposer en Dieu seul, que de vouloir ce que Dieu ordonne et attendre ce qu'il prépare? Pourquoi donc ne cherchons-nous pas cet immobile repos? pourquoi sommes-nous si aveugles que de mettre ailleurs notre béatitude ? Ha ! voici, mes Frères, ce qui nous trompe ; je vous demande, s'il vous plaît, encore un moment d'audience : c'est que nous nous sommes figuré une fausse idée de bonheur ; et ainsi, notre imagination étant abusée, nous semblons jouir pour un temps d'une ombre de félicité. Nous nous contentons des biens de la terre, non pas tant parce qu'ils sont de vrais biens, que parce que nous les croyons tels : semblables à ces pauvres hypocondriaques [p. 36] dont la fantaisie blessée se repaît du simulacre et du songe d'un vain et chimérique plaisir. Ici vous me direz peut-être : Ha ! ne m'ôtez point cette erreur agréable : elle m'abuse, mais elle me contente ; c'est une tromperie, mais elle me plaît. Certes, je vous y laisserais volontiers, si je ne voyais que, par ce moyen, quoique vous vous imaginiez d'être heureux, vous êtes dans une condition déplorable4.

Jamais, comme nous disions tout à V'heure, il ne peut y avoir de bonheur que lorsque les cncses sont établies dans leur naturelle constitution et dans leur perfection véritable ; et il est impossible qu'elles y soient mises

1. Var. : avons manquées.... ont 4. Ici les éditeurs (M. Lâchât, manqué ; nous les avons manquées, comme les éditeurs de Versailles, et lorsque nous n'avons pas pu... ceux-ci comme Deforis) intercalent

2. Yar. : elles nous manquent. un long fragment qui appartient à

3. Paragraphe souligné. On en a une seconde rédaction du discours, déjà vu la dernière phrase à la p. 322; et qu'il est impossible d'insérer dans elle se lit encore dans le panégyrique la première. D'ailleurs il se rapporte de saint Bernard (plus loin, p. 407). au second point. (Gandar.)

par l'erreur et par l'ignorance. C'est pourquoi, dit l'admirable saint Augustin, « le premier degré de misère, c'est d'aimer les choses mauvaises ; et le comble de malheur, c'est de les avoir : Amando enim res noxias mise ri, lidbendo sunt miseriores 1 . » Ce pauvre malade tourmenté d'une fièvre ardente, il avale du vin à longs traits; il pense prendre du rafraîchissement, et il boit la peste et la mort. Ne vous semble-t-il [pas] d'autant plus à plaindre, que plus il y ressent de délices?

Quoi ! je verrai, durant ces trois jours, des hommes tout de terre et de boue2, mener à la vue de tout le monde une vie plus brutale que les bêtes brutes ; et vous voulez que je die qu'ils sont véritablement heureux, parce qu'ils me font parade de leur bonne chère, parce qu'ils se vantent de leurs bons morceaux, parce qu'ils font [p. 37] retentir tout le voisinage et de leurs cris confus et de leur joie dissolue? Hé! cependant, quelle indignité que, si près des jours de retraite, la dissolution paraisse si triomphante ! L'Église, notre bonne mère, voit que nous donnons toute l'année à des divertissements mondains : elle fait ce qu'elle peut pour dérober six semaines à nos dérèglements ; elle nous veut donner quelque goût de la pénitence ; elle nous en présente un essai pendant le carême, estimant que l'utilité que nous recevrons d'une médecine si salutaire nous en fera digérer l'amertume et continuer l'usage. Mais, ô vie humaine incapable de bons conseils ! ô charité maternelle indignement traitée par de perfides enfants ! Nous prenons de ses salutaires préceptes une occasion de nouveaux désordres : pour honorer l'intempérance, nous lui faisons publiquement précéder le jeûne ; et, comme si nous avions entrepris de joindre Jésus-Christ avec Bélial, nous mettons les bacchanales à la tête du saint carême. O jours vraiment infâmes, et qui méritaient d'être ôtés du rôle des autres jours ! jours qui ne seront jamais assez expiés par une pénitence de toute la vie, bien moins par quarante jours de jeûnes mal observés ! Mes Frères, ne dirait-on pas que la licence et la volupté ont entrepris de nous fermer les chemins de

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