‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 275 sur 441 · Tertull.. Âpoloff., n · texte numérisé non relu

Tertull.. Âpoloff., n

que dirons-nous ici, Chrétiens ? Si une résistance si vigoureuse ne ralentit pas sa fureur, quand pourronsnous espérer de trêve avec lui? Et si la guerre est continuelle, si cet ennemi irréconciliable veille sans cesse à notre ruine, comment pourrons-nous résister, faibles et impuissants que nous sommes? Toutefois, Fidèles, ne le craignez pas. Cet ennemi redoutable, il redoute lui-même les chrétiens. Il tremble au seul nom de Jésus ; et, malgré son orgueil et son arrogance, il est forcé par une secrète vertu de respecter ceux qui portent sa marque : c'est ce que vous allez voir par un beau passage du grand Tertullian1, d'où je tirerai une instruction importante, qui sera le fruit de tout ce discours.

Le grave Tertullian, dans ce merveilleux Apologétique qu'il a fait pour la religion chrétienne, avance une proposition bien hardie aux juges de l'empire romain, qui procédaient contre les chrétiens avec une telle inhumanité2. Après leur avoir reproché que tous leurs dieux, c'étaient les démons, il leur donne le moyen de s'en éclaircir par une expérience bien convaincante. Que l'on produise, dit-il, devant vos tribunaux (je ne veux pas que ce soit une chose cachée) , devant vos tribunaux et à la face de tout le monde ; que l'on produise un homme notoirement possédé du diable (il dit notoirement possédé) et que ce soit une chose constante ; après, que l'on fasse venir quelque fidèle ; qu'il commande à cet esprit de parler : s'il ne vous dit tout ouvertement ce qu'il est, s'il n'avoue publiquement que lui et ses compagnons sont les dieux que vous adorez; si, dis-je, il n'avoue ces choses, n'osant mentir à un chrétien, là même, sans différer, sans aucune nouvelle procédure, faites mourir ce chrétien impudent, qui n'aura pu soutenir par l'effet une promesse si extraordinaire. Ha ! mes Frères, quelle joie à des chrétiens d'entendre une telle proposition faite si hautement et avec une telle énergie par un homme si posé et si sérieux, et vraisemblablement de l'avis de toute l'Église, dont il soutenait

1. "Var. : du grave Tertullian. — partie la plus morale et la plus fruc-

Première rédaction effacée : C( par tueuse de ce discours. »

lequel je m'en vais entrer dans la 2. Apoloff., n. 23. troisième partie, c'est-à-dire dans la

l'innocence! Quoi donc! cet esprit trompeur et ce père de mensonge n'ose mentir à un chrétien ; devant un chrétien, ce front de fer s'amollit, et, forcé par la parole d'un fidèle, il dépose son impudence ; et les chrétiens sont si assurés de le faire obéir, qu'ils s'y engagent au péril de leur vie, en présence de leurs propres juges ! Hé ! pourquoi craindrions-nous un ennemi si faible et si impuissant ? C'est la même foi que nous professons, c'est le même Jésus que nous adorons, c'est la même parole de Dieu que nous avons toujours à la bouche ; et si le diable est puissant contre nous, il ne le faut attribuer qu'au dérèglement de nos mœurs, qu'à notre vie toute séculière et toute païenne, qu'à la dureté de nos coeurs pour les saintes vérités du christianisme. C'est pourquoi je ne m'étonne pas si le diable nous est dépeint dans les Écritures tantôt fort et tantôt faible. C'est un lion rugissant, dit saint Pierre1 : y a-t-il rien de plus terrible? Mais, dit saint Jacques2, résistez-lui, et il s'enfuira: se peut-il une plus grande faiblesse? En effet, il n'est fort, Chrétiens, que par notre lâche condescendance ; et si, au lieu de lui tendre les mains volontairement, nous avions soin de les fortifier par les armes que Jésus, notre Maître, nous a données, ce loup affamé avec sa rage et ses artifices n'aurait qu'une fureur inutile. Et, pour vous dire des choses convenables au temps où nous sommes, le jeûne, mes Frères, le jeûne célébré selon l'intention de l'Église, c'est un rempart invincible contre ses attaques.

Vous me direz peut-être que c'est dans le jeûne qu'il présente le combat au Sauveur avec une plus grande furie. Mais prenez garde, mes Frères, que, si c'est dans le jeûne que cet ennemi fait ses efforts les plus redoutables, c'est aussi dans le jeûne que Jésus, notre capitaine,, a daigné nous faire paraître sa victoire la plus glorieuse: pour nous apprendre, par son exemple, que ce sera toujours en vain que le diable entreprendra contre nous, quand nous serons armés par le jeûne et par l'abstinence.

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