‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 276 sur 441 · Jac, iv, 7 — Ms. : « dit le · texte numérisé non relu

Jac, iv, 7 — Ms. : « dit le

Et pour vous en convaincre davantage, remettez, s'il vous plaît, en votre mémoire, ce que je vous disais tout à l'heure, que c'est une envie furieuse qui enflamme les démons contre nous. Ils voient qu'étant leurs inférieurs par nature, nous les passons de beaucoup par la grâce ; ils ne sauraient considérer sans un déplaisir extrême que, dans des membres mortels, nous puissions, par la miséricorde divine, approcher de la pureté des substances incorporelles. Et comme ce qui élève les bons chrétiens presque à l'égalité des saints anges, c'est que, dédaignant le commerce du corps, ils conversent en esprit dans le ciel, ces malins et ces envieux ne tâchent qu'à les abîmer dans la chair, afin d'en faire des bêtes brutes ; au lieu qu'en s'élevant au-dessus de cette masse du corps, ils entrent en société avec les intelligences célestes. C'est pourquoi la sainte Église de Dieu, voulant purifier nos âmes de l'attachement excessif qu'elles ont au corps, nous ordonne une salutaire abstinence. Ce que nous perdons pour la chair, nous le gagnons pour l'esprit. Le jeûne fortifie et engraisse l'âme, et autant que nous assujettissons nos corps par la mortification et la pénitence, autant diminuons-nous les forces de notre irréconciliable ennemi.

Par conséquent, mes Frères, embrassons avec grand courage cette pénitence de quarante jours pour les péchés de toute Tannée. Certes, puisque nous offensons tous les jours, aucun moment de notre vie ne devrait être exempt de l'exercice de la pénitence. Mais puisque la sainte Église a choisi particulièrement ce temps pour nous recueillir en nous-mêmes, faisons pénitence sans murmurer. Ne nous plaignons pas des incommodités du carême. C'est par la mortification et la patience, et non pas par les voluptés et par les délices, que nous désarmerons et le diable et ses satellites. Et que ne dirai-je donc point de ces délicats, à qui la moindre peine fait tomber incontinent le courage ; qui par des excuses frivoles méprisent l'observation d'un jeûne si universel, ou bien qui vivent de sorte que, s'ils jeûnent de corps, ils abhorrent le jeûne en esprit ?

0 ignorance ! ô brutalité ! Dieu, par sa miséricorde, mes Frères, nous donne de meilleurs sentiments ! Jeu-

nons et d'esprit et de corps. Comme nous ôtons pour un temps à notre corps sa nourriture ordinaire, ôtons aussi à notre âme les vanités dont nous la repaissons tous les jours : retirons-nous un peu des conversations et des divertissements mondains ; modérons et nos ris et nos jeux. C'est là le vrai jeûne de l'âme, qui lui fait trouver une nourriture solide dans la méditation des choses célestes. Sanctifions le jeûne par l'oraison, purifions l'oraison par le jeûne. L'oraison est plus pure qui vient d'un corps exténué et d'une âme dégoûtée des plaisirs sensibles. Ainsi nous serons terribles aux diables. Voyez les petits enfants : quand il leur paraît quelque chose qui leur semble hideux et terrible, aussitôt ils se cachent au sein de leur mère. Ainsi considérons, Chrétiens, cette bête farouche qui nous menace ; jetonsnous par l'oraison entre les bras de notre bon Père : nous serons à couvert et en assurance. Nous verrons notre ancien ennemi consumer sa rage par de vains efforts ; et soulevés sur ces deux ailes du jeûne et de l'oraison, que nous soutiendrons par l'aumône, au lieu de succomber aux attaques des esprits rebelles et dévoyés, nous irons remplir les places qu'ils ont laissées vacantes au ciel par leur infâme désertion. Dieu nous en fasse la grâce ! Amen.

Ve dimanche après la Pentecôte, 1053.

Encore une simple exhortation l, prononcée dans la chapelle des Sœurs de la Propagation, à Metz. Bossuet n'en a pas tenu compte dans ses sommaires. Toutefois on y trouvera quelque intérêt. C'est pour cela, sans doute, que Lâchât croyait reconnaître ici les caractères de la seconde époque, et assignait cette allocution à l'année 1661. D'autres éditeurs la retardent jusqu'en 1664 (Édit. Guérin, 1870). Le manuscrit nous reporte à une date bien plus reculée; il nous oblige, par tous ses caractères archaïques, notamment par l'orthographe, à ne point franchir l'année 1653. L'œuvre est inachevée.

Si offers munus tuum ad altare, et ibi recordatus fueris quia frater tuus habet aliquid adversum te, relinque ïbi munus tuum ante altare, et vade prius reconciliari fratri tuo, et tune veniens offeres munus tuum.

(Matth., v, 23-24.)

Certes la doctrine du Sauveur Jésus est accompagnée d'une merveilleuse douceur, et toutes ses paroles sont pleines d'un sentiment d'humanité extraordinaire; mais le tendre amour qu'il a pour notre nature, ne paraît en aucun lieu plus évidemment que dans les différents préceptes qu'il nous donne dans son Évangile pour entretenir inviolablement parmi nous le lien de la charité fraternelle. Il voyait avec combien de fureur les hommes s'arment contre leurs semblables ; que des haines furieuses et des aversions implacables divisent les peuples et les nations ; que, parce que nous sommes séparés par quelques fleuves ou par quelques montagnes, nous semblons avoir oublié que nous avons une même nature : ce qui excite parmi nous des guerres et des dissensions immortelles, avec une horrible désolation et une effusion cruelle du sang humain.

t. Ms. fr. 12824, f. 219-225. Petit in-f°, non paginé.

Pour calmer ces mouvements farouches et inhumains, Jésus nous ramène à notre origine ; il tâche de réveiller en nos âmes ce sentiment de tendre compassion que la nature nous donne pour tous nos semblables, quand nous les voyons affligés. Par où il nous fait voir qu'un homme ne peut être étranger à un homme ; et que, si nous n'avions perverti les inclinations naturelles, il nous serait aisé de sentir que nous nous touchons de bien près. Samaritain. Il nous enseigne que, devant Dieu, il n'y a ni Barbare, ni Grec, ni Romain, ni Scythe1, et fortifiant les sentiments de la nature par des considérations plus puissantes, il nous apprend que nous avons tous une même cité dans le ciel, et une même société dans la terre ; et que nous sommes tous ensemble une même nation et un même peuple, qui devons vivre dans les mêmes mœurs, selon l'Évangile, et sous un même monarque qui est Dieu, et sous un même législateur qui est Jésus- Christ.

Mais d'autant que la discorde et la haine n'anime pas seulement les peuples contre les peuples, mais qu'elle divise encore les concitoyens, qu'elle désole même les familles, en sorte qu'il passe pour miracle parmi les hommes, quand on voit deux personnes vraiment amies, et que nous nous sommes non seulement ennemis, mais loups et tigres les uns aux autres, combien emploie-t-il de raisons pour nous apaiser et pour nous unir? avec quelle force ne nous presse-t-il pas à vivre en amis et en frères S Et sachant combien est puissant parmi nous le motif de la religion, il la fait intervenir à la réconciliation du genre humain : il nous lie entre nous par le même nœud par lequel nous tenons à Dieu, et il pose pour maxime fondamentale que la religion ne consiste pas seulement à honorer Dieu, mais encore à aimer les hommes. Est-il rien de plus pressant pour nous enflammer à une affection mutuelle? et ne devonsnous pas louer Dieu de nous avoir élevés dans une école si douce et sous une institution si humaine ?

Mais il passe bien plus avant. Les injures que l'on nous fait, chères Sœurs, nous fâchent excessivement :

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