Rom., vin
forme en nos cœurs ces pieux et salutaires gémissements qui attirent sur nous la miséricorde divine. Nous retirons ce bonheur de notre propre misère que, ne pouvant prier par nous-mêmes, le Saint-Esprit daigne prier en nous, et forme lui-même nos oraisons en nos âmes. De là vient que le grave Tertullian parlant des prières des chrétiens : « Nous offrons, dit-il, à Uieu une oraison qui vient d'une conscience innocente, et d'une chair pudique, et du Saint-Esprit, de corde puro, de carne pudica, de Spiritu sancto profectam1. » Ce serait peu que la conscience pure et que la chair pudique, s'il n'y ajoutait, pour comble de perfection, qu'elle vient de l'Esprit de Dieu.
En effet, nos oraisons, ce sont des parfums ; et les parfums ne peuvent monter au ciel, si une chaleur pénétrante ne les tourne en vapeur subtile, et ne les porte elle-même par sa vigueur. Ainsi nos oraisons seraient trop pesantes et trop terrestres, venant de personnes si sensuelles, si ce feu divin, je veux dire le Saint-Esprit, ne les purifiait et ne les élevait. Le Saint-Esprit est le sceau de Dieu, qui, étant appliqué à nos oraisons, les rend agréables à sa majesté. Car c'est une chose assurée, que nous ne pouvons prier, sinon par Notre-Seigneur Jésus-Christ : // n'y a point d'autre nom [sous le ciel, donné aux hommes, en qui nous devions être sauvés2]. D'ailleurs, il n'est pas moins vrai que nous ne pouvons pas même nommer le Seigneur Jésus, sinon dans le Saint-Esprit3 ; et si nous ne pouvons nommer4 [Jésus, sinon dans le Saint-Esprit], à plus forte raison prier au nom de Jésus : donc nos prières sont nulles, si elles ne naissent du Saint-Esprit.
Examinons maintenant quel est cet Esprit. C'est lui qui est appelé le Dieu charité0. C'est lui qui lie le Père et le Fils ; c'est lui qui, se répandant sur les hommes, les lie et les attache à Dieu par un nœud sacré : c'est lui qui nous lie les uns avec les autres ; c'est lui qui, par une opération vivifiante, nous fait frères et membres