‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 282 sur 441 · Matth., vi · texte numérisé non relu

Matth., vi

hommes à pardonner, et se sert pour cela de l'artifice le plus aimable dont jamais on se puisse aviser. Quelquefois quand nous voulons obtenir une grâce considérable de nos amis, nous attendons qu'eux-mêmes ils viennent à nous pour nous demander quelque chose. C'est ainsi que fait ce bon Père, qui désire sur toutes choses de voir la paix parmi ses enfants. Ha ! dit-il, on l'a offensé, je veux qu'il pardonne. Je sais que cela lui sera bien rude ; mais il a besoin de moi tous les jours : bientôt, bientôt il faudra qu'il vienne lui-même pour me demander pardon de ses fautes; c'est là, dit-il, que je l'attendrai. Pardonne, lui dirai-je, si tu veux que je te pardonne : je veux bien me relâcher, si tu te relâches. O miséricorde de notre Dieu, qui devient le négociateur de notre mutuelle réconciliation ! Combien sont à plaindre ceux qui refusent des conditions si justes !

O Dieu ! je frémis, chères Sœurs, quand je considère ces faux chrétiens qui ne veulent pas pardonner : tous les jours ils se condamnent eux-mêmes, quand ils disent l'Oraison dominicale : Pardonnez, disent-ils, comme nous pardonnons1. Misérable, tu ne pardonnes pas; n'est-ce pas comme si tu disais : Seigneur, ne me pardonnez pas, comme je ne veux pas pardonner ? Ainsi cette sainte Oraison, en laquelle consiste toute la bénédiction des fidèles, se tourne en malédiction et en anathème. Et quels chrétiens sont-ce que ceux-ci, qui ne peuvent pas dire l'Oraison dominicale? Conclusion : que la prière n'est pas agréable, si elle ne vient d'une âme réconciliée.

[Second Point 2.]

Notre autel est un autel de paix : le sacrifice que nous célébrons, c'est la Passion de Jésus. Il est mort pour la réconciliation des ennemis. Non se vindicari, sed illis postulabat ignosci3. Ce sang a été répandu pour pacifier le ciel et la terre : non seulement les hommes à Dieu, mais les hommes entre eux et avec toutes les

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