De Symbol, ad Catechum., 111,4. 3. Ms. : veulent
2. Tar. : et vous connaîtrez encore 4. Edit. : qu*il se fait, mieux leur intention dans la suite 5. Edit. : qu'il en soit ainsi, de mon discours.
Chrétiens, une des choses les plus touchantes dans la réparation de notre nature, c'est de voir que l'ineffable bonté de Dieu prend plaisir d'employer à notre salut tout ce qui a contribué à notre ruine. C'est ce qu'il est nécessaire que vous remarquiez avec les vénérables docteurs de l'Église, dont je tiens cette pieuse observation. Certes il est sans doute que Dieu pouvait délivrer les hommes sans se faire homme : mais il lui a plu de se faire homme pour nous racheter, afin que cette même nature, que le démon s'était asservie, remportât la victoire sur lui et sur ses audacieux compagnons. Davantage, encore que le Fils de Dieu eût résolu de venir en terre et de se revêtir d'une chair humaine, il pouvait se créer lui-même un corps et une âme sans le ministère de ses créatures, et ainsi il se serait épargné la honte de naître d'une postérité1 condamnée; toutefois sa providence incompréhensible en a disposé autrement. Il lui a plu que dans cette race maudite la grâce et la bénédiction prît son origine. Notre-Seigneur a voulu être le fils d'Adam, afin que sa bienheureuse naissance sanctifiât éternellement la race d'Adam, que la contagion du péché avait infectée.
Avançons dans cette méditation. Jésus-Christ pouvait nous sauver sans mourir, et il a voulu nous sauver par sa mort. C'est qu'insistant au même dessein, il a ordonné que la mort, que le diable envieux avait amenée au monde pour nous détruire, fût employée à nous réparer, et que la peine de notre péché fût le médicament de nos maladies. Mais, ô doux Rédempteur de nos âmes, après avoir déterminé de mourir, fallait-il nécessairement mourir à la croix? N'y avait-il que ce genre de mort qui fût capable d'expier nos crimes? Certainement il y en avait beaucoup d'autres. Pourquoi donc vous vois-je pendu à ce bois infâme? Chrétiens, n'en voyez-vous pas le secret? Le fruit d'un arbre nous avait perdus : voici un autre arbre qu'on nous propose, auquel est attaché Jésus-Christ, le vrai
1. C'est-à-dire de la postérité placer. Peut-être voyait-il quelque
d'Adam. Bien que le sens soit clair. chose d'étrange à naître d'une posté-
Bossuet a souligné ces deux mots, rite. se proposant san- doute de les rem-
fruit de vie. Et, pour accomplir toutes choses, de même qu'en mangeant le fruit défendu, Adam, notre premier père, a reçu la mort ; nous, en mangeant ce divin fruit qui pend à la croix, nous recevons la vie éternelle. Nos rebelles parents ont cueilli sur l'arbre le fruit empoisonné qui les tue avec leur misérable postérité ; et, lorsque, dans la célébrité de nos saints mystères, honorant la pieuse mémoire de notre Dieu et Sauveur Jésus- Christ, nous mangeons humblement son corps et buvons son sang, ainsi qu'il nous l'a commandé, que faisonsnous autre chose, mes Frères, que d'aller, pour ainsi [dire], cueillir sur la croix le fruit vivifiant qu'elle porte, je veux dire cette victime innocente qui a chargé sur son dos les péchés du monde? Tellement que, pour reprendre ce que j'ai dit, si un homme nous perd, un homme nous sauve : la mort règne dans la race d'Adam, c'est de la race d'Adam que la vie est née ; Dieu fait servir de remède à notre péché la mort, qui en était la punition ; l'arbre nous tue, l'arbre nous guérit ; et un salutaire manger * répare le mal qu'un manger téméraire avait fait.
Et de là vient que nos anciens Pères voyant par une induction si universelle que notre Dieu2 s'est résolument attaché à notre salut par les mêmes choses qui ont été le principe de notre perte, ils en ont tiré cette conséquence : si tel est le conseil de Dieu que tout ce qui a eu part à notre ruine doit coopérer à notre saiut, puisque les deux sexes sont intervenus en la désolation de notre nature, il fallait qu'ils intervinssent à sa délivrance. Si la corruption du péché les a déshonorés l'un et l'autre, il faut que le Réparateur des hommes leur rende l'honneur. Et c'est pourquoi, dit saint Augustin, « Jésus-Christ, homme, est né d'une femme : Virum sumpsit natus ex femina3.» Et parce que le genre humain est précipité dans la damnation éternelle par un homme et par une femme, il était convenable que Dieu prédestinât une nouvelle Eve, aussi bien qu'un nouvel Adam, afin de donner à la terre, au lieu de la race ancienne qui avait été condamnée, une nouvelle posté-
1. Édit. : un manger salutaire. (var.: à adopter) le salut de l'homme.