‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 292 sur 441 · Ephes., i, 10. Edit. : c'est-à-dire en hébreu vivante · texte numérisé non relu

Ephes., i, 10. Edit. : c'est-à-dire en hébreu vivante

pas pour elle que la première Eve reçoit ce titre, c'est en figure de la sainte Vierge, dont Eve nous représente la dignité. C'est donc la sainte Vierge qui est la vraie Eve, la vraie mère de tous les vivants. Vivez, vivez, Fidèles, et Marie sera votre mère. Mais vivez de Jésus- Christ et par Jésus-Christ, parce que Marie elle-même n'a de vie qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ.

Voilà la maternité de la sainte Vierge très solidement établie. Vous voyez qu'il était convenable qu'elle fût mère des chrétiens, et que tel était le dessein de Dieu, qui nous a été montré dans le Paradis. Mais afin que cette doctrine pénètre plus profondément en vos coeurs, admirez l'exécution de ce grand dessein dans l'Évangile de notre Sauveur, et contemplez comme Jésus-Christ s'associe la sainte Vierge dans la génération que son sang toujours fertile produit à son Père.

[Second Point.]

Saint Jean nous représente en cette action l'universalité des fidèles. Comprenez, s'il vous plaît, ce raisonnement. Tous les autres disciples de mon Sauveur l'ont abandonné; et Dieu l'a permis de la sorte afin de nous faire entendre qu'il y en a peu qui suivent Jésus-Christ à la croix. Donc, tous les autres étant dispersés, la Providence n'a retenu près du Dieu mourant que Jean, le bien-aimé de son cœur. C'est l'unique, c'est le vrai fidèle : car celui-là est vraiment fidèle à Jésus, qui suit Jésus jusques à sa croix. Et ainsi cet unique fidèle représente tous les fidèles. Par conséquent, lorsque Jésus- Christ, parlant à sa Mère, lui dit que saint Jean est son fils, ne croyez pas qu'il considère saint Jean comme un homme particulier : il lui donne en la personne de Jean tous ses disciples et tous ses fidèles, tous les héritiers de la nouvelle alliance et tous les enfants de la croix. De là vient, comme je l'ai remarqué, qu'il l'appelle Femme : il veut dire femme par excellence, femme choisie singulièrement pour être la mère du peuple élu. O femme, dit-il, nouvelle Eve, voilà votre fils ; et lui, et tous les fidèles qu'il représente, ce sont vos enfants. Jean est mon disciple et mon bien-aimé, recevez en sa

personne tous les chrétiens, parce que Jean tient la place d'eux tous, et qu'ils sont tous, aussi bien que Jean, mes disciples et mes bien-aimés. C'est ce que le Sauveur veut montrer à sa sainte Mère. Et ce qui me semble le plus remarquable, c'est à la croix qu'il lui adresse cette parole1. Ha! Fidèles, ne remarquez-vous pas en ce lieu l'entier accomplissement du mystère que je vous ai prêché aujourd'hui? C'est à la croix que le Fils de Dieu nous donne la vie et nous régénère à la grâce par la vertu de son sang répandu pour nous. C'est à la croix aussi qu'il enseigne à la très pure Marie qu'elle est la mère de Jean et de ses fidèles : Femme, voilà ton fils, lui dit-il. Et ainsi je vois le nouvel Adam qui, nous engendrant par sa mort, associe la nouvelle Eve, sa sainte Mère, à la chaste et mystérieuse génération des enfants du Nouveau Testament2...

1 . A la place de cette phrase, les 2. Inachevé. L'auteur a laissé en

éditeurs donnent ceile-ci : « N'en blanc une partie de la p. 7, et tout

comprenez-vous pas la raison ? » — le verso. Il lui était facile de com-

C'est une première rédaction (va- pléter son discours, au moyen de

riante i . M. Lâchât a renoncé à lire réminiscences empruntées à ses com-

la seconde, qui est en surcharge et positions précédentes, très serrée.

Conclusion d'un sermon perdu. — Écrite vers 1G53.

Deforis a fait de ce fragment x la dernière partie du sermon de la Nativité de la sainte Vierge2, prêché en IGÔ'2 (3e des éditions). La différence de format, d'écriture et d'orthographe, avons-nous dit, accusent ici une interpolation manifeste. Le manque de suite en est une autre preuve. Enfin, ce qui est encore plus décisif, on n'a pu réussir à faire accepter cette finale, substituée à la quatrième considération qui devait conclure le discours, qu'en y faisant une coupure, pour éliminer quatre phrases qui formaient redite avec le corps du sermon.

Intercédez pour nous, ô sainte et bienheureuse Marie. Car, comme dit votre dévot saint Bernard3, quelle autre peut plutôt que vous parler au cœur de Notre- Seigneur Jésus-Christ? Vous y avez une fidèle correspondance, je veux dire l'amour filial, qui viendra accueillir l'amour maternel et même qui préviendra ses désirs. Et partant, que ne devons-nous point espérer de vos pieuses intercessions?

Certes, Fidèles, il n'est pas croyable quelle utilité il nous en revient ; et c'est avec beaucoup de raison que l'Église répandue par toute la terre nous exhorte à nous mettre sous sa protection spéciale. Mais toutefois je ne craindrai point de vous dire que plusieurs se trompent dans la dévotion de la Vierge : plusieurs croient lui être dévots, qui ne le sont pas ; plusieurs l'appellent mère, qu'elle ne reconnaît pas pour enfants ; plusieurs implorent son assistance, à qui cette vierge très pure n'accorde pas le secours de ses oraisons4. Apprenez donc, Chrétiens, apprenez quelle est la vraie dévotion pour la sainte Vierge ; de peur que, ne l'ayant pas comme

1 Me. à Meanx. communiqué par Histoire critique de la Prédication

M. le chanoine Denis : 2 feuilles de Bosstiet, p. 76.

in-4°, format un peu plus grand que 3. Ad B. Vira. Senn. Panegyr a.

le sermon de la Nativité, 1652. 7, inter Opéra S. Bernard.

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