Cor., vil, 31. lecture affreusement difficile, a été
2. Cette fiu du manuscrit, d'une très bien déchiffrée par Deforis.
à Metz, 20 août 1G53.
L'apostrophe à la « puissante ville de Metz, » qui se rencontre vers la fin du discours, l'invitation que l'orateur lui adresse d'honorer son libérateur, se rapportent au bienfait reçu cinq cents ans auparavant. Le comte de Bar, Renaud II, après avoir défait les Messins, près de Pont-à-Mousson, allait leur livrer une seconde bataille, lorsque saint Bernard, presque mourant, les sauva par son intervention auprès du vainqueur. L'étude du manuscrit 1, retrouvé après de longues recherches, ne permet pas de douter que le discours n'ait été prononcé à l'anniversaire même de cette délivrance.
Le texte paraît ici pour la première fois conforme à l'autographe. L'œuvre avait semblé assez importante à Deforis, pour qu'il se laissât tenter d'unir ses talents à ceux de Bossuet. On fera disparaître ici ses embellissements. Ils ne laissaient voir qu'en partie le contraste sublime qui éclate partout entre une rudesse tout archaïque et une inspiration déjà digne de la maturité. Il était naturel que Bossuet se surpassât en célébrant son illustre compatriote. Gandar, sans avoir vu l'original, a bien reconnu, à la simple lecture de l'imprimé, la « verve impétueuse qui déborde et se précipite. » (Bossuet orateur, p. 145) 2.
Non enim judicavi me scire àliquid inter vos, nisi Jesum Christum, et hune crucifi.rinn.
Je n'ai pas estimé que je susse aucune chose parmi vous, si ce n'est Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.
( I Cor., Il, 2.)
Nos Églises de France ont introduit dans le dernier siècle une pieuse coutume, de commencer les prédica-
1. Ms. appartenant à Mme la ba- quelques expressions du premier ronne de Tavernost, à Paris. Colla- point. Dans sa vieillesse, il prononça tionné avec le concours de M. J. en outre un panégyrique de saint d'Arbaumont. — Ce ms. a été paginé, Bernard, en 1689, chez les Bernarà, une date postérieure, et sans doute aines du Pont-aux-Dames, diocèse résumé. Mais le sommaire ne nous de Meaux. (Ledieu, Mém.oires,j).b7.) est pas parvenu. Mais, à cette époque, il improvisait
2. En relisant son œuvre, quelques ordinairement ses discours, années plus tard, l'auteur modifiera
tions en invoquant l'assistance divine par les intercessions de la bienheureuse Marie. Comme nos adversaires ne pouvaient souffrir l'honneur si légitime que nous rendons à la sainte Vierge, comme ils le blâmaient par des invectives aussi sanglantes qu'elles étaient injustes et téméraires, l'Église a cru qu'il était à propos de résister à leur audacieuse entreprise, et de recommander d'autant plus cette dévotion aux fidèles que l'hérésie s'y opposait avec plus de fureur. Et parce que nous n'avons rien de plus vénérable que la prédication du saint Évangile, c'est là qu'elle invite tous ses enfants à implorer les oraisons de Marie, qu'elle reconnaît leur être si profitables.
Mais il y a, ce me semble, une autre raison plus particulière de cette sainte cérémonie : c'est que le devoir des prédicateurs est d'engendrer Jésus-Christ dans les âmes : Mes petits enfants, dit l'Apôtre, pour lesquels je suis encore dans les douleurs de V 'enfantement, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous l. Vous voyez qu'il enfante et qu'il engendre Jésus-Christ dans les âmes : ainsi il y a quelque convenance entre les prédicateurs de la parole divine et la sainte Mère de Dieu. C'est pourquoi le grand saint Grégoire ne craint pas d'appeler mères de Jésus-Christ ceux qui sont appelés à ce glorieux ministère2. De là vient que l'Église s'est persuadé aisément que vous, ô très heureuse Marie, bénite entre toutes les femmes, vous qui avez été prédestinée dès l'éternité pour engendrer selon la chair le Fils du Très-Haut, vous aideriez volontiers de vos pieuses intercessions ceux qui le doivent engendrer en esprit dans les cœurs de tous les fidèles.
Mais dans quelle prédication doit-on plus espérer de votre" secours, que dans celle que ce peuple attend aujourd'hui, où nous avons à louer la grâce et la miséricorde divine dans la sainteté du dévot Bernard, de Bernard le plus fidèle et le plus chaste de vos enfants ; celui de tous les hommes qui a le plus honoré votre maternité glorieuse, qui a le mieux imité votre pureté angélique3, qui a cru devoir à vos soins et à votre cha-