‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 32 sur 441 · Ms. fr. 12822, f · texte numérisé non relu

Ms. fr. 12822, f

SUR LE PÉCHÉ D'HABITUDE. 5

Tànie, il ruine toutes ses bonnes inclinations, et l'entraîne par son propre poids aux objets de la terre.

L'Écriture se sert de trois comparaisons puissantes pour exprimer le danger de cette maladie : Induit maledictionem sicut vestimentum, et intravit sicut aqua in interiora ejus, et sicut oleum in ossib[us] ejus l. La malédiction est dans le pécheur par habitude comme le vêtement, parce qu'elle emplit tout son extérieur, toutes ses actions, toutes ses paroles : sa langue ne fait que débiter le mensonge ; elle entre comme l'eau dans son intérieur, et y va corrompre ses pensées, en sorte qu'il n'en a plus que celles de son ambition, etc. ; et enfin elle" pénètre comme l'huile dans ses os, c'est-à-dire dans ce qui soutient son âme et lui donne sa solidité. Il étouffe tous les sentiments de la foi, car enfin tout s'évanouit dans ces grandes attaches qu'il a au péché ; ruine l'espérance, car tout son espoir est dans la terre ; étouffe la charité, car l'amour de Dieu ne peut point s'accorder avec l'amour des créatures. Ou bien le vêtement marque l'adhérence3; l'eau, l'impétuosité; l'huile, une tache qui se répand partout et ne s'efface quasi jamais. C'est donc une grande maladie que le péché d'habitude ; et pour reconnaître si elle est en nous, cette maladie, si nous péchons par habitude, il faut peser trois choses, mais sans se flatter.

Premièrement, si vous faites le mal avec plaisir ; car tout plaisir est conformité à quelque nature ; or il est certain que le péché n'a pas de soi cette conformité4 avec votre nature, il faut donc que la réitération du péché ait fait en vous une autre nature, et cette autre nature c'est la coutume. Qui pèche donc souvent avec plaisir, celui-là pèche d'un péché d'habitude, c'est un pécheur endurci.

Secondement, péchez-vous sans remords de conscience? car le remords de conscience est une suite de la réflexion : or pécher souvent sans réflexion, c'est marque de la grande inclination qu'on y a, et que la face du péché ne nous semble plus farouche : nous y sommes

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