‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 321 sur 441 · SERMON POUR · texte numérisé non relu

SERMON POUR

A Metz. 1653.

Encore un grand sujet qui ne pouvait manquer d'inspirer l'éloquence du jeune orateur. Cette œuvre n'est point inférieure au Panégyrique de saint Bernard. L'étude minutieuse de l'écriture l, de l'orthographe et du style, nous a convaincu qu'elle est exactement de la même époque. D'ailleurs, en 1053, le 14 septembre, qui n'est point une fête célébrée tous les ans avec solennité, tombait le dimanche. Le sermon fut prononcé à la messe, comme il paraît par la péroraison : « Assistons dans cette pensée au saint sacrifice qui se fait en mémoire de la Passion du Fils de Dieu. » Une autre phrase, qui se lit à la fin du second point, semble désigner la paroisse de Saint-Gorgon, de Metz, où demeuraient beaucoup de magistrats, notamment les Bossuet, les Bretagne, les Chasot (Floquet, Études, t. I, p. 505) : « Mais ma charge, direz-vous, veut que je me fasse honorer : si l'on ne respecte les magistrats, toutes choses iront en désordre. »

Le sommaire qu'on va lire, entré, en février 1889, à la Bibliothèque Nationale, avec le second sermon pour la même fête (du 14 septembre 1659) , est inédit.

Sommaire :

Exorde. Gloire de Dieu : de la puissance et de la miséricorde. Les deux bras de la croix.

1er point. Jésus-Christ ne peut être forcé à mourir : source de rie interne en lui. Comparaison (p. 5, 6).

Orgueil, le plus grand ennemi de Dieu (p. 10, 11) . — Il faut que la faiblesse dompte l'orgueil, parce que c'est l'honorer que d'aller contre lui par la force (p. 11).

Irréligion du monde avant Jésus-Christ (p. 12); victoire de la croix (p. 13, 14, 15, 16, 17).

La croix, pourquoi découverte sous le règne de Constantin (p. 17).

2d point. Confiance du chrétien par la croix (p. 22, 23). — Chrétiens déclarés infâmes selon le monde par l'impression de la croix sur le front : Nota inusta. Non indignes des honneurs; mais les honneurs indignes d'eux (p. 25,26).

Mépris des honneurs (p. 26).

1. Ms. donné, en 1847. à Mgr Al- dent, un de ceux que l'on croyait lou, évêqne de Meaux, par M. de perdus à tout jamais. — Grand in-4»' Monmerqué. C'est, comme le précé- sans marge. Paginé 1-28.

Mïhi autem absii gloriari, nisi in cruce Dumini ncstri Jesu Ohristi.

Pour moi, à Dieu ne plaise que jamais je me glorifie, si ce n'est en la croix de Xotre-Seigneur Jésus- Christ ! (Galat., vi, 14.)

Ce n'a pas été une petite entreprise de rendre la croix vénérable. Jamais chose aucune ne fut attaquée avec des moqueries plus plausibles. Les Juifs et les gentils en faisaient une pièce de raillerie ; et il faut bien que les premiers chrétiens aient eu une hardiesse et une fermeté plus qu'humaine1, pour prêcher à la face du monde, avec une telle assurance, une chose si extravagante. C'est pourquoi le grave Tertullien se vante que la croix de Jésus, en lui faisant mépriser la honte, l'a rendu impudent de la bonne sorte, et heureusement insensé. Laissez-moi, disait ce grand homme, quand on lui reprochait les opprobres de l'Évangile, laissez-moi jouir de l'ignominie de mon Maître, et du déshonneur nécessaire de notre foi. Le Fils de Dieu a été pendu à la croix; je n'en ai point de honte, à cause que la chose est honteuse. Le Fils de Dieu est mort; il est croyable, parce qu'il est ridicule2. Le Fils de Dieu est ressuscité: je le crois d'autant plus certain, que, selon la raison humaine, il paraît entièrement impossible3. Ainsi la simplicité de nos pères se plaisait d'étourdir les sages du siècle par des propositions étranges et inouïes, dans lesquelles ils ne pouvaient rien comprendre ; afin que la gloire du monde s'évanouissant en fumée, il ne restât plus d'autre gloire que celle de la croix de Jésus.

Bienheureuse Mère de mon Sauveur, que la providence divine, voulant éprouver votre patience, amena aux pieds de la croix, où l'on déchirait vos entrailles ; puisque vous êtes de toutes les créatures celle qui en a le mieux vu l'infamie, et celle qui en a 4e mieux connu la grandeur, aidez-nous, par vos pieuses [intercessions] à célébrer la gloire de votre Fils crucifié pour l'amour de nous. Je vous le demande par cette douleur maternelle qui perça votre âme sur le Calvaire, et par la joie

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