‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 324 sur 441 · Gai., m, 13. 6. Edit. : rien qui soit digne · texte numérisé non relu

Gai., m, 13. 6. Edit. : rien qui soit digne

comme la source, et la [p. 4] miséricorde est comme un canal. La puissance fournit ce que distribue la miséricorde ; et c'est du mélange de ces deux choses que naît ce divin éclat que nous appelons la gloire de Dieu.

Ce qui a fait dire ces beaux mots au Psalmiste (dans le psaume lxi) : Dieu, dit-il, a parlé une fois. J'entends ici par cette parole le bruit de la gloire de Dieu, qui retentit par tout l'univers, selon ce que dit le même Psalmiste : Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament publie la grandeur de ses œuvres1. Dieu donc a parlé une fois, dit David. Et qu'est-ce qu'il a dit, grand prophète? Il a parlé une fois ; et j'ai, dit-il, entendu ces deux choses, qu'à Dieu appartient la puissance, et qu'à lui appartient la miséricorde2. Par où vous voyez manifestement que Dieu ne se glorifie que de sa puissance et de sa bonté. C'est la véritable gloire de Dieu, parce que la miséricorde divine, touchée de compassion de la bassesse des créatures et sollicitant en leur faveur la puissance, en même temps qu'elle orne ce qui n'a aucun ornement par soi-même, elle fait retourner tout l'honneur à Dieu, qui seul est capable de relever ce qui n'est rien par sa condition naturelle.

Ces choses étant ainsi supposées, passons outre maintenant, et disons : La gloire de notre Dieu est en sa puissance et en sa bonté, ainsi que nous l'avons vu fort évidemment : or, c'est en la croix que paraissent le mieux la puissance et la miséricorde divine ; ce que je me propose de vous faire voir, avec la grâce du Saint- Esprit. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul, qui dit que tout l'Évangile consiste en la croix, appelle l'Évangile la force et la puissance de Dieu3. Et d'ailleurs, il ne nous prêche autre chose, sinon que la croix nous rend Dieu propice, et nous assure sa miséricorde par Notre- Seigneur Jésus-Clirist*. Par conséquent il est vrai [p. 5] que la croix est la gloire des chrétiens ; et, quand je vous aurai montré dans le supplice de notre Maître ces deux qualités excellentes, je pourrai dire avec l'apôtre saint Paul : Mes Frères, à Dieu ne plaise [que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Jésus!] C'est

1 Ps. xvm, 2. 3. ICor.,i, 17. 18.

2. Ibirl, lxi, 12. 13. 4. Ephes., il, ltï, 18 ; Coloss., i. 20.

le sujet de cet entretien. Je considère aujourd'hui comme les deux bras de la croix du Sauveur Jésus : dans l'un je me représente un trésor infini de puissance, et dans l'autre, une source immense de miséricorde.

Inspirez-nous, ô Seigneur Jésus ! afin que nous célébrions dignement la gloire de votre croix. Et vous, ô peuple d'acquisition1, vous que le sang du prince Jésus a délivré d'une servitude éternelle, contemplez attentivement les merveilles de la mort triomphante de notre invincible libérateur. Commençons avec l'assistance de Dieu, et glorifions sa toute-puissance dans l'Exaltation de sa croix.

[Premier Point]

Si vous voyez Notre-Seigneur Jésus-Christ abandonné à la fureur des bourreaux, s'il rend l'âme parmi des douleurs incroyables, ne vous imaginez pas, Chrétiens, qu'il soit réduit à cette extrémité par faiblesse ou par impuissance. Ce n'est pas la rigueur des tourments qui le fait mourir : il meurt, parce qu'il le veut ; « et il sort du monde sans contrainte, parce qu'il y est venu volontairement: Abscessit potestate2, quia non venerat necessitate 3 . » La mort, dans les animaux, est une défaillance de la nature ; la mort, en Jésus-Christ, est un effet de puissance. C'est pourquoi [p. 6] luimême, parlant de sa mort (en saint Jean, chapitre x) : J'ai, dit-il, la puissance de quitter la vie, et j'ai la puissance de la reprendre. Où vous voyez manifestement qu'il met en même rang sa résurrection et sa mort ; et qu'il ne se glorifie pas moins du pouvoir qu'il a de mourir, que de celui qu'il a de ressusciter.

Et, en effet, ne fallait-il pas qu'il eût en lui-même un préservatif infaillible contre la mort, puisque, par sa seule parole, il faisait revivre des corps pourris et ranimait la corruption? Ce jeune mort de Naïm, et la fille du prince de la Synagogue, et le Lazare déjà puant4 n'ont-ils pas ressenti la vertu de cette parole vivifiante?

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