‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 338 sur 441 · Ms. fr. 12821. f. 146-163. Petit riste qui parle ainsi · texte numérisé non relu

Ms. fr. 12821. f. 146-163. Petit riste qui parle ainsi

in-4°. paginé à l'époque des som- 3. Publié, mai- inexactement, par

maires. Lâchât (t. VIII. p. 148). — Bossuet

2. « Le mot est d'autant plus dur n'analyse pas ici les exordes. En qu'il a été écrit sans réflexion : il commençant par le premier point, il exprime naïvement le fond de la atteint bientôt la p. 11 de son mapensée de Bossuet. )) fGandar, Bus- nuscrit.

suet orateur, p. 70.) C'est un panégy-

Sermnns fin Bossuet. 29

Cseci vident, claudi ambulant, leprosi mundantur, surdi audiunt, mortui resurgunt, pauperes evangelizantur ; et beatus est qui non fuerit scandalizatus in me.

Les aveugles reçoivent la vue, les sourds entendent, les estropiés marchent, les lépreux sont nettoyés, et les morts revivent, l'Évangile est annoncé aux pauvres ; et bienheu reux est celui qui n'est point scandalisé en moi.

(Matth., xi, 5, 6.)

Si nous apprenons 1 des Écritures divines que Notre- Seigneur Jésus-Christ a toujours été l'unique espérance du monde, la consolation et la joie de tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël, à plus forte raison, Chrétiens, devons-nous être persuadés que Jean-Baptiste, son bienheureux précurseur, n'avait point de plus chère occupation que celle d'entretenir2 son esprit en ce doux objet. C'est pourquoi je me le représente aujourd'hui, dans les prisons du cruel Hérode, comme un homme qui n'a de contentement que d'apprendre ce que son maître fait parmi les hommes, et comme par ses prédications et par ses miracles il se fait reconnaître à ses vrais fidèles pour le Fils du Dieu tout-puissant. C'est ce qu'il me semble que saint Matthieu nous fait conjecturer en ces mots de notre évangile : Jean entendant dans les liens les grandes œuvres de Jésus-Christ, il lui envoya3 deux de ses disciples, pour lui faire cette demande : Êtes-vous celui qui devez * venir, ou si nous en attendons quelque autre0} Pour moi, je m'imagine, Fidèles, que le fruit qu'il espérait de cette ambassade, c'est que ses disciples lui rapportant la réponse de son bon maître, il ne doutait nullement que sa parole ne dût être pleine d'une si ineffable douceur que, seule, elle

1. Cet avant-propos, écrit sur la 4. Lorsque l'antécédent est le prodernière feuille du manuscrit, est nom celui ou un substantif attribut séparé du discours dans toutes les précédé de l'article défini, le verbe éditions. de la proposition relative s'accorde

2. Var. : de plus douce pensée que quelquefois, au XVIIe siècle, non d'occuper. pas avec cet antécédent, mais avec

3. Édit. : il lui envoie... pour lui le sujet de la proposition principale., demander. 5. Matth., xi, 2, 3.

serait capable non seulement de charmer les maux d'une dure captivité, mais encore d'adoucir toutes les amertumes de cette vie. Chères Sœurs, dans cette prison volontaire où vous vous êtes jetées pour l'amour de Dieu, dites-moi, que pouviez-vous faire sans la douce méditation des mystères du Sauveur Jésus? Et n'est-ce pas cette seule pensée qui t'ait triompher en vos cœurs une sainte joie dans une vie si laborieuse? Oui, certes, il le faut avouer, Dieu a répandu une certaine grâce sur toutes les paroles et sur toutes les actions du Seigneur Jésus ; y penser, c'est la vie éternelle. Oui, son nom est un miel à nos bouches, et une lumière à nos yeux, et une vive1 flamme à nos cœurs : et lorsque, remplis de l'Esprit de Dieu, nous concevons en nos âmes le Sauveur Jésus, nous ressentons une joie à peu près semblable à celle que sentit l'heureuse Marie, lorsque, couverte de la vertu du Très-Haut, elle conçut en ses chastes entrailles le Fils unique du Père éternel, après que l'ange l'eut saluée par ces célestes paroles : Ave, etc.

[P. 1] Si vous voyez aujourd'hui que saint Jean-Baptiste envoie ses disciples à notre Sauveur pour lui demander quel il est, ne vous persuadez pas pour cela que l'Élie2 du Nouveau Testament et le grand Précurseur du Messie ait ignoré le Seigneur auquel il venait préparer les voies. Je sais qu'il y a eu quelques personnes très doctes, et entre autres le grave Tertullien3, qui ont cru que, dans le temps que saint Jean-Baptiste fit faire cette question au Sauveur, la lumière prophétique, qui l'avait jusqu'alors éclairé, avait été éteinte en son âme ; mais je ne craindrai pas de vous dire, avec le respect que je dois aux auteurs de ce sentiment, qu'il n'y a aucune vraisemblance dans cette pensée. Abraham a vu le jour de Notre-Seigneur ; Isaïe a vu sa gloire et en a parlé, nous dit l'évangéliste saint Jean4; tous les prophètes l'ont connu en esprit, et le plus grand des prophètes l'aura ignoré? Celui qui a été envoyé pour rendre témoignage de la lumière, aura été lui-même dans les ténèbres? Et après avoir tant de fois désigné au peuple cet agneau de Dieu qui purge les péchés du

Page 1