‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 339 sur 441 · Ms. : Hélie. 4. Joan., vin, 66 ; XII · texte numérisé non relu

Ms. : Hélie. 4. Joan., vin, 66 ; XII

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monde, après avoir vu le Saint-Esprit descendre sur lui lorsqu'il voulut être baptisé de sa main, tout d'un coup il aura oublié ce qu'il a fait connaître à tant de personnes? Vous voyez bien, Fidèles, que cela n'a aucune apparence.

Mais pourquoi donc, direz-vous, pourquoi lui envoyer ses disciples pour s'informer de lui s'il est vrai qu'il soit le Messie ? Qui interroge, il cherche ; qui cherche, il ignore. S'il connaissait quel était Jésus-Christ, quelle raison peut-il avoir de lui faire ainsi demander ? Ne craignait-il pas que son doute ébranlât la foi de plusieurs et diminuât beaucoup de l'autorité du témoignage certain qu'il a si souvent rendu au Sauveur? C'est tout ce qu'on nous peut opposer. Mais cette objection ne m'étonne [p. 2] pas : au contraire, ce qu'on m'oppose, je veux le tirer à mon avantage. Je dis qu'il interroge, parce qu'il sait ; il demande au Sauveur Jésus quel il est, parce qu'il connaît très bien quel il est. Comment cela? direz-vous. C'est ici, Chrétiens, la vraie explication de notre évangile et le fondement nécessaire de tout ce discours. Saint Jean, qui connaissait le Sauveur qu'il avait prêché tant de fois, savait bien qu'il n'appartenait qu'à lui seul de dire quel il était et de se manifester aux hommes, desquels il venait être le précepteur. C'est pourquoi il lui envoie ses disciples, afin qu'ils soient instruits par lui-même touchant sa venue, que lui seul était capable de nous déclarer. Ainsi n'appréhendez pas, Chrétiens, qu'il détruise le témoignage qu'il a donné de Notre-Seigneur ; car lui faisant demander à lui-même ce qu'il faut croire de sa personne, il fait bien voir qu'il reconnaît en lui une autorité infaillible, et qu'il ne lui envoie ses disciples que pour être formés de sa main et enseignés de sa propre bouche. Ne pouvant plus annoncer sa venue aux hommes, parce qu'il était retenu aux prisons d'Hérode, il prie Notre-Seigneur de se faire connaître lui-même ; et lui faisant faire cette ambassade en présence de tout le peuple, il a dessein de tirer de lui quelque instruction mémorable pour les spectateurs, qui s'imaginaient le Messie tout autre qu'il ne devait être.

En effet, il ne fut point trompé. Jésus, qui connaissait sa pensée et qui voulait récompenser son humilité, fait voir à ses disciples les effets de sa puissance infinie. Il guérit devant eux tous les malades qui se présentèrent ; il leur découvre son coeur ; il leur donne des avis importants pour connaître parfaitement le secret de Dieu et détruire une fausse idée du Messie qui avait préoccupé les Juifs trop charnels ; et sachant que son bien-aimé précurseur ne pouvait avoir de plus grande joie que d'apprendre la gloire de son bon maître, il commande aux envoyés de saint Jean de lui en rapporter les nouvelles, lui voulant donner [p. 3] cette consolation dans une captivité qu'il souffrait pour l'amour de lui. Allezvous-en, dit-il, rapporter à Jean les merveilles que vous avez vues; dites-lui que les sourds entendent, que les aveugles reçoivent la vue, que la vie est rendue' aux morts 1, que l'Évangile est annoncé aux pauvres, et qu'heureux est celui qui n'est point scandalisé en moi. Comme s'il eût dit : Les Juifs, trompés par l'écorce de la lettre et par les sentiments de la chair, attendent le Messie comme un puissant roi qui, se mettant à la tête de grandes armées, subjuguera tous leurs ennemis, et qui se fera reconnaître par l'éclat d'une pompe mondaine et par une magnificence royale ; mais Jean, instruit des secrets de Dieu, sait qu'il doit être manifesté par des marques bien plus augustes, encore que, selon le monde, elles aient beaucoup moins d'apparent. Allez-vous-en donc, et lui racontez les guérisons admirables que vous avez vues de vos propres yeux. Dites-lui que l'auteur de tant de miracles ne dédaigne pas de converser parmi les pauvres ; au contraire, qu'il les assemble près de sa personne pour les entretenir familièrement des mystères du royaume de Dieu et des vérités éternelles ; et toutefois que nonobstant et le pouvoir par lequel je fais de si grandes choses, et l'incroyable douceur par laquelle je condescends à l'infirmité des plus pauvres et des plus abjects, bienheureux est celui à qui je ne donne point de scandale. Dites ceci à Jean : à ces marques il connaîtra bien qui je suis.

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