Ps. xxxiv, 10. 2. Ps. lxxii
donnerai, avec l'assistance divine, quelques avis succincts, mais très importants, et sur ce que vous avez fait et sur ce que vous allez faire1. Je vous représenterai premièrement la grande grâce que Dieu vous a faite de vous retirer des ténèbres de l'hérésie ; et après, je tâcherai de vous faire voir de quelle sorte vous devez user de l'inspiration qu'il vous donne de renoncer entièrement à toutes les espérances du siècle. Et il se rencontre fort à propos que les deux principaux mystères que nous célébrons en ce jour conviennent très bien avec ce sujet. Dans la Purification de la Vierge, vous pouvez considérer avec fruit que Dieu, par sa pure bonté, vous a purgée de votre hérésie; et dans l'oblation de l'Enfant Jésus, que l'on présente aujourd'hui à son Père, vous devez faire réflexion sur le dessein que vous méditez, de vous consacrer pour jamais à son service par une profession solennelle. C'est sur quoi je vous entretiendrai en ce jour : vous ferez seule tout le sujet de cette exhortation. Au reste, n'attendez pas de moi tous ces ornements de la rhétorique mondaine ; mais priez seulement cet Esprit qui souffle où il veut, qu'il daigne répandre sur mes lèvres ces deux beaux ornements de l'éloquence chrétienne, la simplicité et la vérité, et qu'il étende par sa grâce le peu que j'ai à vous dire.
[Premier Point.]
Si, parlant aujourd'hui de nos frères qui, à notre grande douleur, se sont séparés d'avec nous, j'appelle leur Église une Église de ténèbres, je les prie de ne croire pas que, pour condamner leur erreur, je m'aigrisse contre leurs personnes. Certes, je puis dire d'eux avec vérité ce que l'Apôtre disait aux Juifs2, que le plus tendre désir de mon cœur, et la plus ardente prière que je présente tous les jours à mon Dieu est pour leur salut. Je ne puis voir sans une extrême douleur les entrailles de la sainte Église si cruellement déchirées ; et, pour parler plus humainement, je suis touché au vif
1. Ce que les premiers éditeurs ont à cette promesse de l'orateur. (Cf
imprimé, et que nous sommes forcé Histoire critique de la Prédication de
de reproduire cette fois sans con- Bossuet, p. 140, n. 3.)
trôle, répondra, ce semble, assez peu 2. Rom., x. 1.
d'une nouvelle catholique. 487
quand je considère tant d'honnêtes gens que je chéris, comme Dieu le sait, marcher dans la voie des ténèbres. Mais afin qu'il ne semble pas que je veuille faire aujourd'hui une invective inutile, je vous proposerai une doctrine solide, et conduirai ce discours, si Dieu le permet, avec une telle modération, que, sans les charger d'injures, je les presserai par de vives raisons tirées des Écritures divines et des Pères, leurs interprètes fidèles. Je dis donc en premier lieu, Chrétiens, que Dieu est une pure et incompréhensible lumière, de laquelle toute autre lumière prend son origine ; d'où vient que l'apôtre saint Jean dit que Dieu est lumière, et qu'en lui il n'y a pas de ténèbres 1. Et saint Paul l'appelle Père de lumière, qui habite une lumière inaccessible2. Le genre humain, chrétienne Assemblée, s'étant retiré de cette lumière éternelle, languissait dans une nuit profonde et dans des ténèbres plus qu'égyptiennes, lorsque Dieu, touché de pitié, envoya son cher Fils sur la terre, pour être la lumière du monde, comme il dit lui-même en saint Jean3. C'est lui qui est cette véritable et universelle lumière, qui illumine par ses clartés tout homme venant au monde*. C'est la splendeur de ^a gloire du Père, qui, étant devenu chair dans la plénitude des temps, est entré en société avec nous, et nous a faits participants de ses dons. Car, ayant commencé sur la terre l'exercice de son ministère par la prédication de la parole de vie que son Père lui mettait à la bouche, il a assemblé près de sa personne les premiers ministres de son Évangile, qu'il a appelés ses apôtres, parce qu'après sa course achevée, il les devait envoyer par toutes les provinces du monde, pour agréger ses brebis dispersées, sous l'invocation de ?on nom et la profession de son Évangile. Et comme il a dit lui-même qu'il était la lumière du monde, ainsi que je vous le rapportais tout à l'heure ; de même a-t-il dit, parlant à ses saints apôtres : « Vous êtes la lumière du monde : Vos estis lux mundi5 » ; parce qu'étant éclairés des lumières de ce bon Pasteur par l'infusion de son Saint-Esprit,