Ail ('on/. Rom., Epist. xliv
prTmniii rie Bonnet.
C'est pour la première fois que ce discours l, qui est complet, entre dans la collection des Sermons de Bossuet. Il était resté inédit jusqu'en 1888, où nous l'avons publié en appendice clansla première édition de notre Histoire critique de la Prédication de Bossuet. Ce n'est pas que les anciens éditeurs l'aient ignoré complètement : ils en ont dispersé çà et là quelques fragments. Ils n'ont pas vu que ces morceaux épars faisaient partie d'un même tout. Ils ont donné le second exorde comme variante du sermon de 1660 (Carême des Minimes), qui est sur le même plan; ils ont laissé le troisième point inédit. Quant aux deux autres, ils les ont donnés comme un « fragment d'un discours sur la vie chrétienne » (Deforis, t. VIII, p. 307 ; Édit. de Versailles, t. XIV, p. 404). M. Lâchât les imprime dans son t. X, p. 481, et, dans une notice de sa façon, acceptée comme un oracle dans les éditions subséquentes, il déclare que le discours a été « prononcé dans un monastère après l'élévation de Bossuet sur le siège épiscopal de Meaux »! On ne comprend pas que des décisions semblables aient pu faire autorité. Les signes de la première jeunesse ne manquaient pourtant pas, même dans le fragment isolé : naïveté qui se complaît dans les preuves alléguées,, redites voulues, rudesse dans l'exhortation."
Consepulti enim sumus cum Mo per baptismum in mortem, ut quomodo Christus surrexit a mortuis per gloriam Patris, ita et nos in novitate vitss ambulemus.
(Rom., vi, 4.)
Quand je vois2 ces riches tombeaux sous lesquels les grands de la terre semblent vouloir cacher la honte de leur pourriture3, je ne puis assez m'étonner de l'extrême folie des hommes, qui érige4 de si magnifiques trophées à un peu de cendres et à quelques vieux osse-
1. Ms. f. fr. 12824, f. 5 : 39 : 35-38. en tête du sermon pour le Samedi
in-folio.Le reste de l'autographe est saint (1652). (Cf. p. 103, n. 3.)
perdu. Ce qui subsiste suffit à justi- 3. Corruption, qui se lit au-dessus,
fier notre date. est d'une écriture plus récente.
'1. Avant-propos placé par Deforis 4. Deforis : qui érigent.
ments. C'est en vain que l'on enrichit les cercueils de marbre et de bronze, c'est en vain que l'on déguise leur nom véritable par ces titres superbes de monuments et de mausolées. Que nous profite, après tout, cette vaine pompe, si ce n'est que le triomphe de la mort est plus glorieux, et les marques de notre corruption x plus illustres?
Il n'en est pas ainsi du sépulcre de mon Sauveur. La mort a eu assez de pouvoir sur son divin corps. Elle l'a étendu sur la terre sans mouvement et sans vie ; elle n'a pas pu le corrompre, et nous lui pouvons adresser aujourd'hui cette parole que Job disait à la mer : Tu iras jusques-là et ne passeras pas plus outre ; cette pierre donnera des bornes à ta furie ; et, à ce tombeau, comme à un rempart invincible, seront enfin rompus tes efforts : Usque hue ventes, et non procèdes anvplius ; et hic confringes tumentes fluetus tuos2.
C'est pourquoi Notre-Seigneur Jésus, après avoir subi volontairement une mort infâme, il veut après cela que son sépulcre soit honorable, comme dit le prophète Isaïe : Erit scpulchrum ejus gloriosam3. Il est situé au milieu d'un jardin, taillé tout nouvellement dans le roc. Et de plus il veut qu'il soit vierge aussi bien que le ventre de sa Mère, et que personne n'y ait été posé devant lui. Davantage, il faut à son corps cent livres de baume4 des plus précieux (Jean, xix, 39), et un linge très fin et très blanc pour l'envelopper. Et après que, durant le cours de sa vie, il s'est « rassasié 5 de douleurs et d'opprobres, saturatus est& opprobriis, » nous dit le prophète, vous diriez qu'il soit devenu délicat dans sa sépulture. N'est-ce pas pour nous faire entendre qu'il se préparait un lit plutôt qu'un sépulcre? Il s'y est reposé doucement jusqu'à ce que l'heure de se lever fût venue ; mais tout d'un coup il s'est éveillé, et, se levant, il vient éveiller la foi endormie de ses apôtres.
Mais aujourd'hui, les trois pieuses Marie étant accourues dès le grand matin pour chercher leur bon
1. Var. : Néant. Ce mot est d'une 4. Var. : parfums, écriture plus récente. 5. Var. : soûlé.
2. Job., xxxviii, H . — Ms. Illuc 6. Il y a dans le texte de Jérémîe : proffredieris,... illuc confringes... saturabitur. (Tliren., III, .'10.)