Première rédaction effacée
(C'est ici que reprend actuellement le manuscrit.) (( Je passe plus outre maintenant et je dis avec l'admirable Docteur de la grâce qu'il détruit entièrement le péché, parce qu'encore qu'il fasse quelques péchés (var. : qu'il en fasse quelques-uns), les remèdes de les purger ne lui manquent pas : Et sicut ista non defuerunt, ita etiam remédia quibus purçarentur ajfuerunt. ( Aug., Ep. 99 ad Hilar.) Et enfin, évitant les péchés mortels, et faisant pénitence des véniels en la manière que je viens de dire avec l'incomparable Augustin, il méritera, dit le même Père, — que nos nouveaux réformateurs écoutent ce mot : l'humble Augustin se sert du mot de mérite, écrivant contre les Pélagiens, qui étaient, comme chacun sait, les ennemis de la grâce ; par conséquent il l'a employé non point pour enfler le libre arbitre, mais pour relever la dignité de la grâce. Je dis ceci seulement en passant afin que vous voyiez (var.: afin de leur faire considérer) quelle est leur vanité et leur injustice, lorsqu'ils disent que le mot de mérite ruine la grâce, puisque le
grand Docteur de la grâce ne craint point de s'en servir en un lieu où il ne traite que de la nécessité de la grâce. — Mais je reviens à mon propos, et je dis qu'un homme vivant ainsi dans la pénitence, encore qu'il ne vive pas exempt de péché, il méritera de sortir du monde sans aucun péché : Merebitur hinc exire sine peccato, quamvis,cum hicviveret, habuerit nonnulla pcccata. — Il est donc vrai, Fidèles, que Dieu ruine le péché par la grâce, même dans ce pèlerinage mortel ; il est vrai que, pour surmonter le péché, il surmonte la convoitise. 0 Fidèles, espérons bien du rétablissement de notre nature ; vous voyez comme le Saint- Esprit la répare et la conduit doucement par divers progrès à la nouveauté de vie qui lui est promise.
Voilà déjà nos deux plus grands ennemis, le péché et la convoitise, puissamment attaqués par la grâce ; il faut voir maintenant la mort combattue par l'assurance de l'immortalité glorieuse dans la dernière résurrection : c'est par où je m'en vais finir avec l'assistance de notre Sauveur. )) (Troisième point.) 2. Ad Ililar., ep. clvii, n. S.
donc votre vanité et votre injustice, ô très charitables réformateurs, de prêcher que nous ruinons la grâce de Dieu, parce que nous nous servons du mot de mérite, si ce n'est peut-être que vous vouliez dire que saint Augustin a détruit la grâce, et que Calvin seul Fa bien établie? — Pardonnez-moi cette digression. Je reviens à mon passage de saint Augustin : un homme passant sa vie dans l'esprit de mortification et de pénitence, « encore qu'il ne vive pas sans péché, il méritera, dit saint Augustin, de sortir de ce monde sans aucun péché : Merebitur hinc exire sine peccato, quamvis, cum hic viveret, habuerit nonnulla peccata1. » Et ainsi le péché est détruit en nous à cause du mérite de la vraie foi qui opère par la charité.
Il est donc vrai, Fidèles, ce que j'ai dit, que, même dans cet exil, Dieu détruit le péché par sa grâce ; il est vrai qu'il y surmonte la concupiscence; et ainsi, par .la miséricorde de Dieu, je me suis déjà acquitté envers vous des deux premières parties de ma dette. Faites votre profit de cette doctrine ; elle est haute, mais nécessaire. Je sais que les humbles l'entendent; peutêtre ne plaira-t-elle pas aux superbes. Les lâches sans doute seront fâchés qu'on leur parle toujours de combattre. Mais pour vous, ô vrais Chrétiens, travaillez sans aucune relâche 2, puisque vous avez un ennemi en vous-mêmes, avec lequel si vous faites la paix en ce monde, vous ne sauriez avoir la paix avec Dieu. Voyez combien il est nécessaire de veiller toujours, de prier toujours, de peur de tomber en tentation. Que si cette guerre continuelle vous semble fâcheuse, consolez-vous par l'espérance fidèle de la glorieuse résurrection, qui se commence déjà en nos corps. C'est la troisième opération que le Saint-Esprit exerce dans l'homme fidèle durant le pèlerinage de cette vie ; et c'est aussi par où je m'en vais conclure.