Sess. VI, cap. xi
raisonnement que j 'ai tâché de vous expliquer : il nous montre notre servitude et notre impuissance, afin que les fidèles étant effrayés par les menaces de la lettre qui tue, ils recourent par la prière à l'Esprit qui nous vivifie. C'est la dernière partie de mon texte, par laquelle je m'en vais conclure en peu de paroles.
[Second Point.]
[P. 20] Je vous ai fait voir, Chrétiens, par la doctrine de l'apôtre saint Paul, que la grâce et la justice n'est point par la Loi ; d'autant qu'elle ne fait qu'éclairer l'esprit, et qu'elle n'est pas capable de changer le cœur. Mais, continue le même saint Paul, ce qui était impossible à la Loi, Dieu Va fait lui-même, envoyant son Fils, qui a répandu en nos âmes l'esprit de la grâce, afin que la justice de la Loi s'accomplît en nous 1 : ce qui a fait encore dire à l'Apôtre, que maintenant nous ne sommes plus sous la Loi2. Or, pour entendre plus clairement ce qu'il nous veut dire, considérons une belle distinction de saint Augustin (IIIe traité sur saint Jean). C'est autre chose, dit-il, d'être sous la Loi, et autre chose d'être avec la Loi. Car la Loi, par son équité, a deux grands effets : ou elle dirige ceux qui obéissent, ou elle rend punissables ceux qui se révoltent. Ceux qui i-ejettent la Loi, ils sont sous la Loi: parce qu'encore qu'ils fassent de vains efforts pour se soustraire de son domaine, elle les maudit, elle les condamne, elle les tient pressés sous la rigueur de ses ordonnances ; et par conséquent ils sont sous la Loi, et la Loi les tue. Au contraire, ceux qui accomplissent la Loi, ils sont ses amis, dit saint Augustin, ils vont avec elle, parce qu'ils l'embrassent, qu'ils la suivent, qu'Us l'aiment3. Ces choses étant ainsi supposées, il s'ensuit que les observateurs de la Loi ne sont [p. 21] plus sous la Loi comme esclaves, mais sont avec la Loi comme amis4. Et comme dans Le Nouveau Testament l'esprit de la grâce nous est