‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 422 sur 441 · ils. : à leur père. — La cor- donc qu'une inadvertance · texte numérisé non relu

ils. : à leur père. — La cor- donc qu'une inadvertance

Sermons de Bossuet. 38

mystère, dites-moi, qu'opère la crainte dans nos cœurs "^ Elle les étonne, elle les ébranle, elle les secoue ; mais je soutiens qu'il est impossible qu'elle les change, et la raison en est évidente : c'est que les sentiments que la crainte donne sont toujours contraints. Le loup prêt à se ruer sur la bergerie voit les bergers armés et les chiens en garde : tout affamé qu'il est, il se retire pour cette fois ; mais pour cela il n'en est pas moins furieux, il n'en aime pas moins le carnage. Que vous rencontriez des voleurs, si vous êtes les plus forts, ils ne vous abordent qu'avec une civilité apparente : ils sont toujours voleurs, toujours avides de pillerie. La crainte donc étouffe les affections ; elle semble les réprimer pour un temps, mais elle n'en coupe pas la racine. Otez cet obstacle, levez cette digue ; l'inclination, qui était forcée, se rejettera aussitôt en son premier cours. Par où vous voyez manifestement qu'encore qu'elle ne parût point au dehors, elle vivait toujours au secret du cœur, bridée et non éteinte, et retenue plutôt qu'abolie l.

[P. 23] C'est pourquoi le grand Augustin, au livre de l'Esprit et de la lettre, chapitre huitième, parlant de ceux qui gardaient la Loi par la seule terreur de la peine, non par l'amour de la véritable justice, il prononce cette terrible mais très véritable sentence : « Ils ne laissaient pas, dit-il, d'être criminels, parce que ce qui paraissait aux hommes dans l'œuvre, devant Dieu, à qui nos profondeurs sont ouvertes, n'était nullement dans la volonté : au contraire, cet œil de la connaissance divine si perçant2 voyait qu'ils aimeraient beaucoup mieux commettre le crime, s'ils osaient en attendre l'impunité: Coram Deo non erat in voluntate, quod connu hominibus apparebat in opère : potiusque ex Mo rei tenebantur quod eos noverat Deus malle, si fieri posset impune, committere3. » Donc, selon la doctrine de ce grand homme, la crainte n'est pas capable de changer le cœur. Considérez, je vous prie, cette pierre sur laquelle Dieu écrit la Loi ; en est-elle changée, pour contenir des paroles si vénérables ? en a-t-elle perdu quelque

1. Idées déjà exprimées dans le connaissance divine, sermon des Deux Alliances. 3. De Spiritu et littera, n. 13.

Page 1