Var. : cet œil pénétrant de la
chose de sa dureté ? Qui ne voit * que ces saints préceptes ne tiennent qu'à une .superficie extérieure? D'où vient que la loi mosaïque est ainsi écrite, sinon parce que c'est une loi de crainte? Et Dieu ne veut-il pas nous faire [entendre] que si la loi ne nous touche que par la crainte, il en est de nos cœurs comme d'une pierre; qu'ainsi notre dureté n'est point amollie, et que la loi demeure sur la surface? De là vient que le concile de Trente, parlant de la crainte des peines, définit très bien, à la vérité, contre la doctrine des luthériens, que c'est une impression de l'Esprit de Dieu ; car, puisque cette crainte est si bien fondée sur les redoutables jugements de Dieu, pourquoi ne viendrait-elle pas de son Saint- Esprit? Mais ces saints Pères s'expliquent après et nous disent « que c'est une impression de l'Esprit de Dieu, qui n'habite pas encore au dedans, mais qui meut seulement et qui pousse : Spiritus sancti impulsum, non adhnc quidetn inhabitantis, sed tantum moventis2. » D'où il s'ensuit manifestement que la seule crainte des peines ne peut imprimer la foi dans les cœurs.
Certes, il le faut avouer3, il n'y a que la charité qui les amollisse. Notre maladie, Chrétiens, c'est de nous attacher à la créature : donc nous attacher à Dieu, c'est notre santé. C'est un amour pervers qui nous gâte ; il n'y a donc que le saint amour qui nous rétablisse. [P. 24] Un plaisir désordonné nous captive; il n'y a qu'une sainte délectation qui soit capable de nous délivrer: la seule affection du vrai bien peut arracher l'affection du bien apparent ; il n'y a proprement que l'amour qui ait, pour ainsi dire, la clef du cœur. Il faut donc qu'un saint amour dilate le nôtre, qu'il l'ouvre jusqu'au fond pour recevoir la rosée des grâces divines. Ainsi notre âme sera tout4 autre; ce ne sera plus une pierre sur laquelle on écrira au dehors, ce sera une cire toute pénétrée et toute fondue par une céleste chaleur.
Par là vous voyez la loi gravée dans les cœurs, selon l'oracle de Jérémie. Y a-t-il rien plus avant en nos
1. Yir. : (lre rédaction) : Ainsi en 2. Sess. XIY, cap. iv, Bossuet
est-il de nos cœnrs. quand la loi n'y écrit : non adhuc au lieu ûenondum.
entre que par crainte : elle ne touche 3. Var. : Certainement il faut
que la surface, et notre dureté n'est l'avouer,
point amollie. 4. .V=. : toute.
cœurs que ce qui nous plaît? Ce que nous aimons nous tient lieu de loi ; et ainsi je ne me tromperai pas quand je dirai que l'amour est la loi des cœurs. Et partant un saint amour doit être la loi des héritiers du Nouveau Testament, parce qu'ils doivent porter leur loi dans leurs cœurs. La loi ancienne a été écrite sur de la pierre : il n'est rien de plus immobile ; aussi est-ce une loi morte et inanimée. Il nous faut, il nous faut une loi vivante. Et quelle peut être cette loi vivante, sinon le vif amour du souverain bien, que le doigt de Dieu, c'est-à-dire son Saint-Esprit, écrit et imprime au fond de nos âmes, quand il y répand l'onction de la charité, selon ce que dit l'apôtre saint Paul : La charité est répandue en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous est donné1? La charité est donc cette loi vivante qui nous gouverne et qui nous meut intérieurement. Et c'est pourquoi l'Esprit vivifie, parce qu'il imprime en nous une loi vivante, qui est la loi de la nouvelle alliance, c'est-à-dire la loi de l'amour de Dieu. Par conséquent qui pourrait douter que la charité ne soit l'esprit de la loi nouvelle, et l'aine, pour ainsi dire, du christianisme ; puisqu'il a été prédit si longtemps avant la naissance de Jésus-Christ, que les enfants du Nouveau Testament auraient la loi gravée en leurs cœurs par l'inspiration -de l'amour divin?
[P. 27] Et selon la conséquence2 de ces principes, où je n'ai fait que suivre saint Augustin, qui ne s'est attaché qu'à saint Paul, je ne craindrai pas de vous assurer que quiconque ne se soumet à la loi que par la seule appréhension de la peine, il s'excommunie luimême du christianisme, et retourne à la lettre qui tue, et à la captivité de la Synagogue. Et pour nous en convaincre, [regardons] premièrement qui nous sommes. Sommes-nous enfants ou esclaves? Si Dieu vous traite comme des esclaves, contentez-vous de craindre le maître ; mais s'il vous envoie son propre Fils pour vous dire qu'il daigne bien vous adopter pour enfants, pouvezvous ne point aimer votre Père? Or l'apôtre saint Paul nous enseigne que nous n'avons pas reçu l'esprit de servitude par la crainte; mais que Dieu nous a départi