‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 432 sur 441 · I Cor., x v · texte numérisé non relu

I Cor., x v

Il en est de même des richesses, qui ne sauraient remplir notre cœur; et c'est pourquoi, « ayant de quoi nous nourrir et nous vêtir, nous devons être contents : Habentes... alimenta et quibus tegamur, contenti simus '. » Tout le reste est superflu ; la santé, « la vie même, qui doit être regardée comme un bien superflu par celui qui considère la vie éternelle qui lui est promise : Ipsa vita, cogitantibus aeternam vitam, inter superflua reputanda est2 ; » elle ne nous est utile qu'autant que nous l'avons prodiguée pour Dieu. Ainsi tout ce qu'on ravit à saint Gorgon lui était superflu, puisqu 'étant dépouillé de toutes ces choses, il se trouve bienheureux. Qu'a donc fait le tyran par tous les efforts de sa cruauté ? « En vain sa langue a-t-elle concerté les moyens de nuire et a-t-elle voulu, par ses tromperies, trancher comme un rasoir bien affilé : Sicut novacida acuta fecisti dolum3. » Que de peines on prend pour aiguiser un rasoir, que' de soins pour l'affiler ! combien de fois le faut-il passer sur la pierre! Ce n'est, au reste, que pour raser du poil, c'est-à-dire un excrément 4 inutile. Que ne font pas les méchants ! en combien de soins sont-ils partagés pour dresser des embûches à l'homme de bien ! Que n'a pas fait le tyran pour abattre notre martyr ! Il se travaillait à trouver de nouveaux artifices pour le séduire, de nouveaux supplices pour l'épouvanter. « Qaid facturus justo, nisi superflua rasuruss? Mais que fera-t-il contre le juste? il ne lui a rien ôté que de superflu. » Qu'estce que l'âme a besoin d'un corps qui la charge et la rend pesante? La mort ne lui a rien ôté que la mortalité, et ceux qui ont voulu conserver la \ie l'ont perdue ; et ils vivent, les misérables, ils vivent pour souffrir éternellement. Parce que saint Gorgon l'a prodiguée, il l'a mise entre les mains de Dieu, où rien ne se perd,, et il la conservera pour jamais.

1. 1 Tim., vi. 8. — Deforis : Ha- 4. Excrément, excroissance. — bentes victum et vestiium, content/ m- Cette dernière page d'une esquisse m us. Telle était sans doute la leçon, rapide et incomplète est extrêmeleçon inexacte, du manuscrit. Toute ment négligée. Avec ces trivialités, cette ri n de l'esquisse parait avoir que comportait peut-être le caracété tracée avec beaucoup de préci- tère de l'auditoire, elle contient des pitation. redites, qui montrent qu'il n'y a ici

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