Zach., XIII, 6. 2. Ps. lxviii
abreuvé en nia soif de fiel et de vinaigre : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt. C'est ce que peut dire saint Gorgon : Ils ont déchiré ma peau, ils ont dépouillé tous mes nerfs, ils ont entr 'ouvert mes entrailles: His plagatus sum ; mais, après cette cruauté, ils ont frotté ma chair écorchée avec du vinaigre et du sel pour aigrir la douleur de mes plaies : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt.
Mais ils ont encore passé bien plus loin, et leur brutalité n'est pas assouvie. Ils couchent le saint martyr sur un gril de fer, devenu tout rouge par la violence de la chaleur ; ô spectacle horrible ! et cependant, au milieu de ces exhalaisons infectes qui sortaient de la graisse de son corps rôti, Gorgon ne cessait de louer Jésus-Christ. Les prières qu'il faisait monter au ciel changeaient cette fumée noire en encens : Et hsec est Victoria quse vincit mundum.
Mais en quoi a nui à saint Gorgon tout le mal qu'il a souffert ? « Tout ce temps de peines et de souffrances est passé comme un songe : Transierunt tempora laboriosa; » temps de fatigues, temps de travail, qui l'a conduit au véritable repos, à la paix parfaite, et c'est ce que le Prophète-roi exprime si bien par ces paroles qu'il a dites au nom de tous les martyrs : « Nous avons passé par l'eau et par le feu ; mais vous nous avez fait entrer dans un lieu de rafraîchissement : Transivimus per ignem et aquam, et eduxisti nos in refrigerium l. » Dieu a essuyé tous les pleurs ; il a ordonné à saint Gorgon de se reposer de tous ses travaux. On a cru lui ôter tout son bien et même la vie ; et on ne lui ôte que la mortalité. « Ubi est, mors, Victoria tua2? O mort, où est ta victoire? » Tu n'as ôté au saint martyr que des choses superflues ; car tout ce qui n'est pas nécessaire est superflu. « Or une seule chose est nécessaire : Porro unum est necessarium3. » Dieu est cet unique nécessaire ; tout le reste est superflu. Les honneurs sontils nécessaires? Combien d'hommes vivent en repos, quoique oubliés du monde ! Tout cela est hors de nous, et par conséquent ne peut contribuer à notre félicité-