‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 434 sur 441 · FRAGMENT POUR UNE VETURE · texte numérisé non relu

FRAGMENT POUR UNE VETURE

aux Nouvelles Catholiques (Propagation de la Foi> ; à Metz; fin de 1654.

« Elle (l'hérésie) enseigne que l'Église a erré souvent : le ministre de cette ville l'a prêché et l'a écrit de la sorte. » Ces paroles indiquent une date postérieure, mais de peu, à la publication du Catéchisme général de la Réformation, où Paul Ferry avait « étendu » ce qu'il venait de prêcher le 17 mai 1G54 (Floquet, Études sur la vie de Bossuet, t. I, p. 326, n. 2). D'autre part, notre fragment ne laisse pas supposer que Bossuet eût encore donné sa Réfutation, qui parut au commencement de l'année suivante (avril 1655) . Nous avons dit précédemment que Deforis avait essayé d'en faire le second point de la Véture du 2 février.1.

Dans 2 la conduite de Dieu sur votre âme, je trouve ceci de très remarquable, que le Saint-Esprit, agissant en vous, y a fait naître en même temps l'amour de l'Église et celui de la sainte virginité. N'était-ce pas peutêtre pour vous faire entendre que les Églises des hérétiques, que vous abandonniez généreusement, étaient des Églises prostituées, et que la seule Église vierge, c'est la catholique, à laquelle la grâce divine vous a appelée? Que l'Église doive être vierge, il n'est rien de plus évident ; parce que tous les docteurs nous enseignent qu'il y a une ressemblance parfaite entre la bienheureuse Vierge et l'Église ; et c'est pourquoi cette femme de l'Apocalypse, qui paraît revêtue du soleil, nous représente tout ensemble l'Église et Marie. La sainte Mère de notre Sauveur est vierge et mariée tout

1. Voici sa note un peu naïve : tie, et qui probablement a été fait

<i Ce morceau, dans le manuscrit de pour le même sujet. »

M. Bossuet, ne fait point corps avec 2. Comme il s'agit, à ce qu'il sem-

ce qui précède : mais comme son dis- ble, d'une cérémonie qui se passait

cours n'est pas entier, pour le com- en famille, pour ainsi dire, dans la

pléter autant qu'il est en nous, nous maison dont Bossuet était le supé-

avons cru pouvoir y réunir ce frag- rieur, peut-être ce court fragment

ment, qui revient parfaitement à la contient-il l'allocution tout entière, matière traitée dans la première par-

ensemble ; elle est également vierge et mère. Il en est ainsi de l'Église, qui, aussi bien que la sainte Vierge, conçoit et enfante par le Saint-Esprit. L'Église, comme la sainte Vierge, a un Époux chaste, qui n'est pas le corrupteur de sa pureté, mais plutôt qui en est le gardien fidèle ; et par conséquent elle est vierge. Mais peutêtre voulez-vous savoir ce que c'est que la virginité de l'Église : contentons en peu de mots ce pieux désir.

La virginité de l'Église, c'est sa vérité efson unité; et de là vient que je vous disais que les Églises des hérétiques sont des Églises prostituées ; parce qu'en perdant l'unité, elles se sont éloignées de la vérité. Toute âme qui est dominée par l'erreur est une âme adultère et prostituée ; parce que l'erreur est la semence du diable, par laquelle ce vieux serpent, ce vieux adultère, qui est menteur et père du mensonge, corrompt l'intégrité des esprits. Et c'est aussi pour cela que l'Église est vierge, parce que l'erreur n'y a point d'accès ; la doctrine de l'Église est vierge, parce qu'elle la conserve aussi pure que son divin Époux la lui a donnée.

Que cherchiez-vous donc, ma très chère Sœur, quand, abandonnant l'hérésie, vous êtes accourue à l'Église? Vous cherchiez la virginité de l'Église, que l'hérésie ne reconnaît pas. Comment est-ce que nous montrons que l'hérésie ne reconnaît pas la virginité de l'Église? Elle enseigne que l'Église, la vraie Église, n'est pas infaillible ; elle enseigne que l'Église peut errer ; elle enseigne que l'Église a erré souvent. Le ministre de cette ville l'a prêché et l'a écrit de la sorte. O ministre d'iniquité ! vous ne connaissez pas la virginité de l'Église. Si elle peut errer, elle n'est pas vierge; car l'erreur est un adultère de l'âme . Mais comment connaîtriez-vous sa virginité, puisque vous ne connaissez pas même sa sainteté? Je crois la sainte Église, disent les apôtres dans leur Symbole. Est-elle sainte, si elle ment? est-elle sainte, si elle enseigne l'erreur, si elle la confirme par son autorité? Donc l'Église que vous nous prêchez est une Église prostituée ; et cette jeune fille a bien fait quand elle a quitté cette Église, et qu'elle a cherché

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une Église vierge. Mais notre Église, ma très chère Sœur, est encore vierge par son unité.

L'origine de l'unité, c'est le Fiis de Dieu : il n'a paru qu'en un seul lieu de la terre ; mais ses prédicateurs ont été par tout l'univers, et ils }r ont fondé des Églises. L'unité 1 ne s'est pas divisée, mais s'est étendue ; et cette unité sainte et indivisible, la succession continuelle nous l'a apportée. Considérez les troupeaux rebelles; leurs noms vous marquent leur séparation. Zwingliens, luthériens, calvinistes sont des noms nouveaux : ce n'est donc pas l'unité qui les a produits, parce que l'unité est ancienne; mais l'unité les a condamnés, parce qu'il appartient à l'unité sainte, qui communique avec l'Église ancienne par une succession véritable, il appartient, dis-je, à cette unité de condamner l'audace de la nouveauté. Donc leurs noms sont des noms de schisme ; notre nom, c'est un nom de communion. Mon nom, c'est chrétien, dit saint Pacien ; mon surnom, c'est catholique2. Catholique, c'est universel; catholique, c'est un nom d'unité, un nom de charité et de paix. Donc l'Église catholique est l'Église vierge, parce qu'elle possède l'unité sainte qui la lie inséparablement à l'Époux unique. C'est pourquoi les Églises des hérétiques ayant perdu l'unique Époux, elles prennent le nom de leurs adultères.

L'hérésie n'a point de vierges sacrées : quoiqu'elle se vante d'être l'Église, elle n'ose imiter l'Église en ce point. Il n'y a que la vraie Église qui sache saintement consacrer les vierges. Et certes, comme l'Église catholique est l'Église vierge, c'est elle qui nourrit les vierges. Jésus-Christ ne les reçoit pas pour épouses, si l'Église, sa bien-aimée, ne les lui présente : et c'est pourquoi vous ayant destinée dès l'éternité à ce mariage spirituel que la pureté virginale contracte avec lui, il vous a inspiré dans le même temps ce double désir d'aimer la virginité de l'Église et de garder la virginité dans l'Église.

Réjouissez- vous donc en Notre-Seigneur ; préparezvous aux embrassements de l'Époux céleste. C'est lui

1. Ceci faisait double emploi avec (p. 489 I. vn passage du sermon du 2 février 2. S. Pacian., ad Sympron. Ep. T.

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