Ce « pour ainsi dire î,qui n'est 8. Var. : vertu
que trop nécessaire, a été supprimé 9. Edit.: Une flamme pâle qui...
rait. Il s'élevait à l'entour de lui une vapeur noire que le tyran humait pour contenter son avidité ; jusques à tant : que ne pouvant plus ni voir sa constance, ni supporter ses reproches, ni écouter les louanges qu'il donnait à Jésus-Christ d'une voix mourante, il lui lit promptement arracher le peu qui lui restait de vie, et envoya sa belle âme jouir à jamais des embrassements de son bien-aimé.
Voilà, Messieurs, quelle a été la fin de notre martyr, qui a méprisé le monde dans ses promesses et dans ses menaces, dans ses délices et dans ses tourments ; laissant par sa mort un reproche éternel à la mollesse et au peu de foi de ces derniers siècles 2.
Après cela, que me reste-il autre chose, sinon de conclure par ces paroles qui ont fait l'ouverture de ce discours, et vous dire avec l'Apôtre: Quorum intuentes3 exitum..., imitamini fidem? Vous avez vu en esprit comme4 la constance de Gorgon a duré jusqu'à la mort, dont il a goûté à longs traits toute l'amertume; reste maintenant que vous imitiez sa foi, cette foi ardente qui lui a fait préférer à tous les honneurs l'opprobre de Jésus-Christ, et a tenu son esprit entier et inébranlable, pendant que son corps s'en allait pièce à pièce comme une vieille masure0.
— Les deux mots « et obscure ï> sont 2. Si l'on rapproche ce résumé de extrêmement difficiles à lire, et j'en l'énoncé de la division, on serafrapai longtemps désespéré comme mes pé de la régularité de ce petit disdevanciers, cours, qu'on nous représentait com- 1. Bossuet écrivant alors tans, soit me le désordre et la confusion même, pour l'adverbe tant, soit pour le II est vrai que le second point, qui se substantif temps, des éditeurs mo- termine ici, n'est pas encore coindernes ont cru devoir imprimer : mencé dans les éditions, où on le jusques à temps. Mais la locution à formera en grande partie d'une intant (à ce point, en ce moment) était terpolation que nous signalerons d'un usage fréquent au XY1> siè- tout à l'heure, cle et se retrouve dans La Fontaine 3. Bossuet : quorum intuemini, (Le Calendrier des Vieillards). Jus- etc. , •
qu'à tant que j'expire se ht dans les 4. Edit.: comment. Bossuet a bar-
Sentiments de l'Académie sur le Cid, ré les deux dernières lettres de ce
Paris, 1638, in-8, p. 162. « Il faut mot.
considérer le progrès que nous fai- 5. Les éditeurs commencent ici le
sons en la mangeant et la prendre second point, par un long emprunt
avec réserve, jusqu'à tant que nous au brouillon, qui n'est à conser-
soyons rendus propres à recevoir ver qu'à titre de variante : < Que si
tout son effet.» (~Bos$uet,3féd 'dations après avoir vu quelles impressions la
sur l'Évangile, Paris, 1730, t. in, douleur a faites sur son corps, vous
p. 128. v êtes mus d'une louable curiosité de
Or il en est des martyrs comme d'un excellent original dont chaque peintre cherche de copier quelques traits pour embellir son ouvrage. Nous voyons dans leur vie la vie de notre Sauveur si bien exprimée, qu'il n'y a presque rien qui ne nous y doive servir d'exemple. Mais, dans un si grand éclat de vertus, il nous faut
savoir ce que Dieu opérait invisiblement dans son âme et d'où lui venait parmi une telle agitation une si grande tranquillité : en un mot, si vous désirez connaître quelles étaient les pensées dont s'entretenait un chrétien soirJïrant, je vous les dirai en peu de mots pour votre édification, telles que nous les apprend la théologie.
Premièrement les martyrs n'étaient point de ces âmes basses, qui se croient incontinent délaissées de Dieu, sitôt qu'elles ressentent quelque afiiiction : au contraire, rien n'affermissait si bien leurs espérances que la considération de leurs supplices. La raison est d'autant que la tribuîation produit la souffrance, {Lâchât : Car c'est la tribulation qui produit la souffrance) et la souffrance fait Vépreure, comme dit l'Apôtre. Or il est tout évident que, quand on prend quelqu'un pour en faire l'épreuve, c'est signe que l'on a dessein de s'en servir.
Ainsi les martyrs, à qui Dieu avait appris sa conduite, se persuadaient par une souffrance très salutaire que Dieu les réservait à quelque chose de grand, puisqu'il voulait bien avoir la bonté de les éprouver.
E: 'est à mon avis pourquoi l'Apôtre ajoute que <£ l'épreuve fait l'espérance : Probatio vero spem )) (Rom., v. 4.)
Saint Cyprian. dans le livre qu'il a fait de l'Exhortation des martyrs, nous en fournit encore cette belle raison : Notre-Seigneur prophétise en divers endroits que la vie de ceux qui écouteront sa parole sera continuellement traversée : mais aussi il leur promet, après leurs travaux, un soulagement éternel. Et voyez comme le Paint-Esprit se sert de toutes choses pour relever nos courages : il leur [Lâchât: nous) fait entendre par un discours digne de lui que Dieu, <ï dont on ne peut compter les miséricordes », n'est pas moins fidèle pour les biens que pour
les maux i Lâchât : dans les biens que dans les maux), et que l'accomplissement de la moitié de la prophétie leur est un témoignage indubitable de la vérité de l'autre. Tellement qu'ils prenaient leur disgrâce présente pour un gage certain de leur future félicité : et mesurant leurs contentements par leurs peines, ils croyaient qu'elles ne leur étaient pas tant envoyées pour les tourmenter dans le temps que pour leur donner de nouvelles assurances d'un bonheur sans fin.
Ces pensées ne sont-elles pas pleines d'une grande consolation ?
Mais leurs esprits, nourris de longtemps de la Parole, leur en faisaient concevoir de bien plus sublimes.
Comme ils ne jugeaient pas des choses par l'extérieur, ils considéraient que l'homme n'était pas ce qu'il nous parait, mais que Dieu, pour le former, avait fait sortir de sa bouche un esprit de vie. qu'il avait caché comme un trésor céleste dans cette masse du corps ; que cet esprit, bien qu'il fût d'une race divine, comme le dit si bien l'Apôtre au milieu de l'Aréopage ( Act., xvn, 29). bien qu'il portât imprimée sur soi l'image de son Créateur, était néanmoins accablé d'un amas de pourriture, où il contractait par nécessité quelque chose de mortel et de terrestre, dégénérant de la pureté de son origine. Dans cette pensée, ils croyaient que les tournients ne faisaient qu'en détacher ce qu'il y avait d'étranger, tout ainsi que le feu sépare de l'or ce qui s'y mêle d'impur, tanquam aurum injvrnace (Sapient., III, 6). On eût dit à les voir qu'à mesure qu'on leur emportait quelques lambeaux de leur chair, leur âme s'en serait trouvée beaucoup allégée, comme si on les eût déchargés d'un pesant fardeau ; et ils espéraient qu'à force d'arracher leur chAir pièce après pièce, elle resterait toute pure et toute céleste, et en cet état serait présentée
choisir celles qui nous sont plus nécessaires dans les occurrences où nous nous trouvons.
Martyr et témoin, c'est la même chose. On appelle les martyrs de Jésus-Christ ceux qui, souffrant pour la foi, en ont témoigné la vérité par leurs souffrances et l'ont signée de leur sang. Maintenant il n'y a plus de tyrans qui nous persécutent ; mais nous sommes instruits par l'Évangile que Dieu, qui est notre Père, distribue à ses enfants les biens et les maux selon les conseils de sa Providence1. Ainsi quand nous nous trouvons affligés 2, si nous recevons 3 nos afflictions de la main de Dieu avec humilité, ne témoignons-nous pas par cette déférence qu'il y a une intelligence première et universelle, qui, par des raisons occultes, mais équitables, fait notre bonne et4 notre mauvaise fortune? Et cela, qu'est-ce autre chose sinon être les témoins et les martyrs de la Providence ?
Messieurs, nous vivons dans un temps et dans une ville où nous avons beau sujet de mériter cet honneur. Il y a près de vingt ans qu'elle porte quasi tout le fardeau de la guerre ; sa situation trop importante semble ne lui avoir servi que pour l'exposer en proie : Diripue-
au nom de Jésus-Christ devant le timents de ceux qu'il avait vus. qu'il
trône de Dieu. devint lui-même à la postérité un
Dans ces considérations, vous les exemple signalé, eussiez vus.d'uncœurbrûlant decha- C'est vous particulièrement. Mesrité s'animer eux-mêmescontre leurs sieurs, que cet exemple regarde, supplices. Tantôt ils se plaignaient puisque vous avez pris saint G-orgon de ce qu'ils étaient trop lents, ne pour votre patron. Tous n'êtes pas souhaitant rien tant que de voir obligés de souffrir les mêmes peines; abattue cette masure ruineuse de mais, comme vous participez à la leurs corps qui les séparait de leur même foi, vous devez entrer dans Maître : et s'écriant avec l'Apôtre : les mêmes sentiments. Il faut que Desiderium kabens dissolvi et esse votre paroisse, illustre par tant de eum Christo (Philipp., i. 23. — Ms. : raisons, mais surtout pour être sous Cupio dissolvi et esse...) Tantôt ravis la protection d'un si grand martyr, d'une certaine douceur que ressen- se rende encore plus illustre en imitent les grands courages à souffrir tant sa foi, après avoir considéré sa poxrr ce qu'ils aiment, ils se réjouis- mort si attentivement : Quorum insaient de se voir enveloppés d'une fiantes exilum..., imitamini fidem. chair mortelle qui pût fournir de C'est par où. je m'en vais conclure. )> matière (Lâchât: fournir matière) 1. Matt., v, 45. à la cruauté. De tels et semblables 2. Edit. : Quand nous sommes afdiscours se consolaient les martyrs fligés., (Lâchât : De tels et semblables 3. Edit. : prenons. discours consolaient les martyrs), 4. Lâchât : ou. — Deforis, Yeren attendant avec patience qu'il plût sailles. etc.. s'écartent encore davana Dieu de les appeler à soi ; et saint tage du texte. Gorgon sut si bien prendre ces sen-
runt eam omnes transeuntes viam, etc. l. Et, comme si ce n'était pas assez de tant de misères, Dieu en cette année, ayant trompé l'espérance de nos moissons, a mis la stérilité dans la terre. Car il ne faut point douter que tous ces maux ne soient arrivés par son ordre. Il punit par la guerre celle que nous lui faisons tous les jours. La terre, par son commandement, nous refuse 2 le fruit de nos travaux, parce que nos âmes ne lui en rapportent point, bien qu'il les ait si soigneusement cultivées. Ah ! Messieurs, humilions-nous sous la puissante main de Dieu, de peur qu'après avoir tout perdu, nous ne perdions encore l'affliction3 que nos ruines nous apportent, au lieu de la faire profiter à notre salut.
Il ne faut point flatter. Nous voyons assez de personnes qui plaignent les malheurs du temps. Le ciel ne nous a fait encore que les premières menaces ; et déjà le pauvre tâche d'amasser de quoi vivre par des tromperies, se défiant de la Providence, pendant que le riche prépare ses greniers pour engloutir la nourriture du pauvre, qu'il lui fera acheter bien cher en son extrême indigence4. Les plus sages pensent à pourvoir à la nécessité du pays; leur zèle est louable, mais nous n'avançons rien par ces soins. S'il est vrai que Dieu soit irrité contre nous, comme il nous le fait paraître par les fléaux qu'il nous envoie, pensons-nous pouvoir arrêter le torrent de sa colère? Si tu montes jusques au ciel, dit le Seigneur, je Ven saurai bien tirer, et ma colère Vira trouver jusqu'au plus profond des abîmes5. Il faut aller à la source du mal, puisqu 'aussi bien nos prévoyances toujours incertaines ne peuvent rien contre ses ordres inévitables.
Que si, reconnaissant nos péchés, nous confessons qu'ils ont justement attiré son indignation sur nos têtes, qu'attendons-nous à faire pénitence? Que ne prévenonsnous sa fureur par un sacrifice de larmes? Que ne mettons-nous fin au long désordre de notre vie? Que ne rachetons-nous nos iniquités par aumônes 6, ouvrant nos