Ps. cliv, 5. aux fidèles moins que du fumier et
4. Var. : (lre rédaction) : « Mes- de la fange toute la pompe du monsieurs, n'aspirons-nous pas à cette de ? Arbitror (ms. : existimavi sicut) félicité ? Nous sommes tous chré- ut stercora [Philip., ni, 8] : qui tiens, nous sommes tous rachetés du leur faisait dire avec tant de résang du Fils de Dieu : voudrions- solution : (Cupio) dissolvi et esse nous renoncer à un bien qui nous a cum Christo? [fbid., i, 33] qui été acheté par un si grand prix ? dans un état toujours incertain, Et, si nous y prétendons, comment dans une vie continuellement trase peut-il faire que nous ayons la versée, mais dans les tourments les moindre estime pour des choses que plus cruels et dans la mort même, nous mépriserons éternellement ? les tenait immobiles par une ferme Filii hominum, usquequo gravi cor- espérance : Spe ffaudentes? [Rom., de? ut quid (ms.: usquequo) diligitis XII, 12.] InteUigite kœc, qui oblivivanitatem et quœritis mendacium ? scimini Deum [Ps. XLIX, 22.] Je [Ps. iv, 3.] Jusques à quand nous parle à vous, misérable[s], qui oulaisserons-nous séduire par de vaines bliez si facilement votre Dieu : Inapparences ? Ne cesserons-nous ja- telligite hœc : Quelle honte vous mais de rechercher les biens trom- sera-ce d'avoir été appelés à la
que chose pour nous exciter? Que restait-il à faire au Père éternel pour nous attirer à lui? Il nous appelle au royaume de son Fils unique, nous qui ne sommes que des serviteurs, et des serviteurs inutiles. Il ne veut rien avoir de secret ni de réservé pour nous. L'objet qui le rend heureux, il nous l'abandonne. Il nous fait les compagnons de sa gloire, cendre et pourriture que nous sommes ; et il ne nous demande pour cela que notre amour et quelques petits services qui lui sont déjà dus par une infinité d'obligations que nous lui avons et qui ne seraient que trop bien payés des moindres de ses faveurs. Cependant, qui le pourrait croire, si une malheureuse expérience ne nous l'apprenait? l'homme insensé ne veut point de ces grandeurs ; il embrasse avec autant d'ardeur des plaisirs mortels que s'il n'était pas né pour une gloire éternelle ; et, comme s'il voulait être heureux malgré son créateur, il prend, pour trouver la félicité, une route toute contraire à celle qu'il lui prescrit, et n'a point de contentement que contre sa volonté1. Encore si cette vie avait quelques charmes qui fussent capables de le contenter, sa folie serait en quelque façon pardonnable ! Mais Dieu, comme un bon père qui connaît le faible de ses enfants, et qui sait l'impression que font sur nous les choses présentes, a voulu exprès qu'elle fût traversée de mille tourments, pour nous faire porter plus haut nos affections. Que s'il y a mêlé quelques petites douceurs, c'a été pour en tempérer l'amertume, qui nous aurait semblé insupportable sans cet artifice. Jugez par là ce que c'est que cette vie. Il faut de l'adresse et de l'artifice pour nous en cacher les misères; et toutefois, ô aveuglement de l'esprit humain ! c'est elle qui nous séduit, elle qui n'est que trouble et qu'agi-
même félicité et de l'avoir lâche- avantage, que vous exécutez avec
ment perdue dans une profonde une vertu et une tendresse si admi-
paix («ar.:dans une si grande tran- rable, ayez pitié de notre aveugle-
quillité), au lieu qu'ils l'ont gagnée ment, fortifiez-nous dans l'homme
parmi les combats et malgré la rage intérieur, illuminez nos yeux, afin
des tyrans et des bourreaux ! Sei- que nous connaissions quelle est Ves-
gneur, notre Dieu et notre Père, pérance de notre vocation et la ma-
qui avez tout fait pour- les saints, gnificence de votre royaume, et ces
qui avez si puissamment uni leurs miracles que vous opérerez en nous
intérêts à ceux de votre Fils, afin de par votre puissance ! [Eph., 1, 18,19.]
vous obliger davantage à les rendre Et vous, âmes bienheureuses,eto>
parf aitement heureux, qui avez con- 1 . Var. : qu'en s'opposant à ses
çu de si grands desseins à leur volontés.
tation, qui ne tient à rien, qui fait autant de pas à sa fin qu'elle ajoute de moments à sa durée, et qui nous manquera tout à coup comme un faux ami, lorsqu'elle semblera nous promettre plus de repos. A quoi est-ce que nous pensons?
Où est cette générosité du christianisme, qui faisait estimer aux premiers fidèles moins que de la fange toute la pompe du monde: Arbitror ut stercora1 ; qui leur faisait dire avec tant de résolution : Desiderium habens dissolvi et esse cum Chrîsto2 ; qui, dans un état toujours incertain, dans une vie continuellement traversée, mais3 dans les tourments les plus cruels et dans la mort même, les tenait immobiles par une ferme espérance : spe gaudentes 4? Mais, hélas ! que je m'abuse de chercher parmi nous la perfection du christianisme ! Ce serait beaucoup si nous avions quelque pensée qui fût digne de notre vocation, et qui sentît un peu le nouvel homme. Au moins, Messieurs, considérons un peu attentivement quelle honte ce nous sera d'avoir été appelés à la même félicité que ces grands hommes qui ont planté l'Église par leur sang, et de l'avoir lâchement perdue dans une profonde paix, au lieu qu'ils l'ont gagnée parmi les combats, et malgré la rage des tyrans et des bourreaux5. Heureux celui qui entend ces vérités et qui sait goûter la suavité du Seigneur ! Heureux celui qui marche innocemment dans ses voies, qui passe les jours et les nuits à contempler la beauté de ses saintes lois! Il fleurira comme un arbre planté sur le courant des eaux. Le temps viendra qu'il sera chargé de ses fruits, il ne s'en perdra pas une seule feuille ; le Seigneur ira recueillant toutes ses bonnes œuvres, et fera prospérer toutes ses actions. Ah! qu'il n'en sera pas ainsi des impies ! Il les dissipera dans l'impétuosité de sa colère, comme la poudre est emportée par un tourbillon 6. Cependant les justes se réjouiront avec lui : il les remplira de V abondance de sa maison ; il les enivrera du torrerit de ses délices7.