Ms. au Grand séminaire de Meaux
nie à son Fils. Parce que le Fils de Dieu ne désirait rien tant que ce baptême sanglant qui devait laver nos iniquités, il se sentait pressé en soi-même d'une manière incroyable jusques à ce qu'il fût accompli1. Quoi! il avait eu une telle impatience de mourir pour nous, et sa Mère n'en aurait point eu de vivre avec lui ! Si le grand apôtre saint Paul ne 2 se peut tenir en son corps et soupire avec un si grand empressement après son bon Maître, quelle devait être l'émotion du sang maternel? Quoi ! disait-elle, quand elle voyait quelque fidèle partir de ce monde ( par exemple saint Etienne, et ainsi des autres) ; quoi ! mon Fils, à quoi me réservez-vous désormais? et pourquoi me laissez-vous ici la dernière? S'il ne faut que du sang pour m 'ouvrir les portes du ciel, vous qui avez voulu que votre corps fût formé du mien, vous savez bien qu'il est prêt à être répandu pour votre service. J'ai vu dans le temple ce saint vieillard Siméon, après vous avoir amoureusement embrassé, ne demander autre chose que de quitter bientôt cette vie, tant il est doux de jouir même un moment de votre présence ! Et moi, je ne souhaiterais point de mourir bientôt, pour vous aller embrasser au saint trône de votre gloire ! Après m 'avoir amenée aux pieds de votre croix pour vous voir mourir, comment me refusez-vous si longtemps de vous voir régner ? Laissez, laissez seulement agir mon amour ; il aura bientôt désuni mon âme de ce corps mortel, pour me transporter à vous, en qui seul je vis3.