‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 86 sur 441 · Gen'xxi · texte numérisé non relu

Gen'xxi

au contraire, elle y forme des difficultés. « Comment se peut-il faire, dit-elle1, que je conçoive ce Fils dont vous me parlez, moi qui ai résolu de ne connaître aucun homme? » Comme si elle eût dit: Ce m'est beaucoup d'honneur, à la vérité, d'être mère du Messie; mais, si je la suis, que deviendra ma virginité? Apprenez, apprenez, Chrétiens, à l'exemple de la sainte Vierge, l'estime que vous devez faire de la pureté. Hélas ! que nous faisons ordinairement peu de cas d'un si beau trésor! Le plus souvent, parmi nous, on l'abandonne au premier venu, et qui le demande l'emporte. Et voici que l'on fait à Marie les plus magnifiques promesses qui puissent jamais être faites à une créature, et c'est un ange qui les lui fait de la part de Dieu : remarquez toutes ces circonstances: elle craint toutefois, elle hésite, elle est prête à dire que la chose ne se peut faire, parce qu'il lui semble que sa virginité est intéressée 2 dans cette proposition : tant sa pureté lui est précieuse ! Quand donc elle vit le miracle de son enfantement, ô mon Sauveur ! quelles étaient ses joies, et quelles ses affections ! Ce fut alors qu'elle s'estima véritablement bénite entre toutes les femmes, parce qu'elle seule avait évité toutes les malédictions de son sexe : elle avait évité la malédiction des stériles par sa fécondité bienheureuse ; elle avait évité la malédiction des mères, parce qu'elle avait enfanté sans douleur, comme elle avait conçu sans corruption. Avec quel ravissement embrassait-elle son Fils, le plus aimable des fils ; et en cela plus aimable, qu'elle le reconnaissait pour son Fils, sans que son intégrité en fût offensée.

Les saints Pères ont assuré3 qu'un cœur virginal est la matière la plus propre à être embrasée de l'amour de notre Sauveur : cela est certain, Chrétiens, et ils l'ont tiré de saint Paul. Quel devait donc être l'amour de la sainte Vierge! Elle savait bien que c'était particulièrement à cause de sa pureté que Dieu l'avait destinée à son Fils unique : cela même, n'en doutez pas, cela même lui faisait aimer sa virginité beaucoup davantage ; et, d'autre part, l'amour qu'elle avait pour sa sainte vir-

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