‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 89 sur 441 · Serm. il in Annunt. B. V. M.. 2. Luc. i · texte numérisé non relu

Serm. il in Annunt. B. V. M.. 2. Luc. i

înter Op. s. Greff. Thaum.

Sermons do Bossuet 6

Vierge pour bien concevoir l'amour de la sainte Vierge *.

Et que dirai-je maintenant de celui de notre Sauveur? Certes, je l'avoue, Chrétiens, je me trouve bien plus empêché à dépeindre l'affection du Fils que je ne l'ai été à vous représenter celle de la Mère : car je suis certain qu'autant que Notre-Seigneur surpasse la sainte Vierge en toute autre chose, d'autant est-il meilleur fils qu'elle n'était bonne mère.

Il n'y a rien qui me touche plus dans l'histoire de l'Évangile que de voir jusqu'à quel excès le Sauveur Jésus a aimé la nature humaine. Il n'a rien dédaigné de tout ce qui était de l'homme; il a tout pris, excepté le péché : tout jusques aux moindres choses, tout jusques aux plus grandes infirmités. Que j'aille au jardin des Olives, je le vois dans la crainte, dans la tristesse, dans une telle consternation, qu'il sue sang et eau, dans la seule considération de son supplice. Je n'ai jamais ouï dire que cet accident fût arrivé à autre personne qu'à lui : ce qui m'oblige de croire que jamais homme n'a eu les passions ni si délicates ni si fortes que mon Sauveur. Quoi donc ! ô mon Maître, vous vous êtes revêtu si franchement de ces sentiments de faiblesse, qui semblaient même être indignes de votre personne ; vous les avez pris si purs, si entiers, si sincères : que sera-ce après cela de l'amour envers les parents, étant certain qu'il n'y a rien dans la nature de plus naturel, de plus équitable, de plus nécessaire? vu particulièrement qu'elle est votre Mère, non par un événement fortuit, mais que l'on la vous a prédestinée dès l'éternité, préparée et sanctifiée dans le temps, promise par tant d'oracles divins, que vous-même vous l'avez choisie comme celle qui vous plaisait le plus parmi toutes les créatures?

Et à ce propos, j'ose assurer une chose qui n'est pas moins véritable qu'elle vous paraîtra peut-être d'abord extraordinaire. Je sais bien que toute la gloire de la sainte Vierge vient de ce qu'elle est mère du Sauveur ; et je dis de plus qu'il y a beaucoup de gloire au Sauveur d'être le fils de la Vierge. N'appréhendez pas, Chrétiens, que je veuille déroger à la grandeur de mon Maître

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