Éùit. Lâchât : Qui pourra dé- 2. Matth., XVII
sa vouer... ? C'est la variante.
les veut plus séparer dans son affection. Aussi est-ce là, si nous l'entendons bien, tout le fondement de notre espérance, quand nous considérons que Jésus, qui est homme tout ainsi que nous, est reconnu et aimé de Dieu comme son Fils propre.
Ne vous offensez pas, si je dis qu'il y a quelque chose de pareil dans l'affection de la sainte Vierge, et que son amour embrasse tout ensemble la divinité et l'humanité de son Fils, que la main puissante de Dieu a si bien unies. Car Dieu, par un conseil admirable, ayant jugé à propos 1 que la Vierge engendrât dans le temps celui qu'il engendre continuellement dans l'éternité, il l'a par ce moyen associée en quelque façon à sa génération éternelle. Fidèles, entendez ce mystère. C'est l'associer à sa génération, que de la faire mère d'un même Fils avec lui. Partant, puisqu'il l'a comme associée à sa génération éternelle, il était convenable qu'il coulât en même temps dans son sein quelque étincelle de cet amour infini qu'il a pour son Fils. Cela est bien digne de sa sagesse. Comme sa Providence dispose toutes choses avec une justesse admirable, il fallait qu'il imprimât dans l'âme2 de la sainte Vierge une affection qui passât de bien loin la nature, et qui allât jusqu'au dernier degré de la grâce, afin qu'elle eût pour son Fils des sentiments dignes d'une Mère de Dieu, et dignes d'un Homme- Dieu.
Après cela, ô Marie, quand j'aurais l'esprit d'un ange, et de la plus sublime hiérarchie, mes conceptions seraient trop ravalées, pour comprendre l'union très parfaite du Père éternel avec vous. Dieu a tant aimé le monde, dit notre Sauveur, qu'il lui a donné son Fils unique3. Et en effet, comme remarque l'Apôtre4, nous donnant son Fils, ne nous a-il pas donné toute sorte de biens avec lui? Que s'il nous a fait paraître une affection si sincère, parce qu'il nous l'a donné comme Maître et comme Sauveur, l'amour ineffable qu'il avait pour vous lui a fait concevoir bien d'autres desseins en votre faveur. Il a ordonné qu'il fût à vous en la même qualité qu'il lui
1. Var. : a voulu qu'elle engen- 3. Joau., III, 16. drât. 4. Rom., vin, 32.